L’ accompagnement des agriculteurs vers la sortie du métier est un sujet sensible. En janvier 2016, lors de ses vœux syndicaux, le président de la FNSEA avait mis les pieds dans le plat en déclarant vouloir s’emparer du dossier pour « identifier des portes de sortie dignes » en cas de faillite.

Une annonce mal reçue par ses détracteurs, qui ont craint un plan social déguisé. Xavier Beulin s’en défend : « Notre devoir collectif est d’offrir une nouvelle chance à ceux qui veulent quitter le métier. Ce n’est pas l’idéal, mais il faut respecter la volonté et l’état des forces de chacun », a-t-il expliqué dans La Croix, le 12 septembre 2016.

Poussé par le syndicat majoritaire, le gouvernement a mis en place une version customisée de l’Aide à la reconversion professionnelle (ARP), dans le cadre de son plan de soutien présenté cet automne. Le dispositif prévoit toujours une aide au départ de 3 100 euros par actif ainsi qu’une aide au déménagement de 1 550 euros, mais c’est désormais le fonds Vivéa qui prendra en charge le volet formation, à hauteur de 2 500 euros par bénéficiaire (l’accord-cadre a été signé le 18 novembre dernier).

Une pirouette permettant de se mettre en conformité avec la réglementation européenne, mais aussi de gonfler l’enveloppe budgétaire pour accueillir davantage de demandes. Jusqu’à présent, 250 dossiers ARP étaient traités chaque année, avec un budget de 1,4 M€, non consommé intégralement. Le ministère a décidé de reconduire la même enveloppe et se dit prêt à aller plus loin, si besoin. Surtout, Vivéa y ajoute 5 M€ pour 2017 et 2018.

La Coordination rurale voit dans cette inflation l’illustration d’une « politique de démantèlement de l’agriculture ». Jérôme Volle, président de la commission Emploi à la FNSEA, écarte la critique. « C’est au contraire la garantie d’un accompagnement beaucoup plus individualisé dans les formations proposées », affirme-t-il.

Certains craignent pourtant un « traitement statistique » des situations. Pour Francis Thomas, qui a passé trente ans à suivre les agriculteurs en difficulté avec Solidarité Paysans, « le vrai enjeu ne porte pas sur le financement des formations, mais sur le risque de décider l’arrêt d’une activité à la place de l’exploitant. » L’énergie déployée à communiquer sur les reconversions professionnelles plutôt que sur les procédures judiciaires permettant de rebondir (1), aggrave-t-elle ce risque ? La question mérite d’être posée. En attendant une réponse, on pourra toujours regretter l’interdiction faite aux bénéficiaires de l’ARP de revenir un jour vers le métier. Un bannissement qui aurait déjà dissuadé plus d’un intéressé.

(1) Lire à ce sujet dans ce magazine notre dossier en page 56.

Par Alain Cardinaux