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L’agriculture face au second round

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Les marchés alimentaires couverts et de plein vent peuvent rester ouverts, sauf interdiction préfectorale. © Claudius Thiriet

Les entreprises agricoles doivent de nouveau s’adapter à la situation sanitaire. L’impact sur le secteur dépendra de la durée de ce deuxième confinement.

Depuis le 30 octobre, les Français sont de nouveau confinés, et ce, au moins jusqu’au 1er décembre. Le secteur agricole doit s’adapter, mais l’expérience du premier confinement facilite les choses, d’autant que les récoltes d’automne et les semis des cultures d’hiver sont bien avancés.

Les marchés et les cantines restent ouverts

Les commerces alimentaires restent ouverts, ainsi que les marchés alimentaires couverts et de plein vent, sauf interdiction décidée par les préfets. Comme lors du premier confinement, les enseignes de grande distribution et les transformateurs sont mobilisés et assurent qu’il n’y aura pas de rupture de la chaîne alimentaire. Le ministre de l’Agriculture demande aux Français de soutenir les producteurs et les entre­prises de leur région. « Consommer local est encore plus essentiel en ce moment », a-t-il défendu au micro de Radio Classique le 3 novembre. À la différence du premier confinement, les écoles restent ouvertes, et donc les cantines scolaires aussi. La restauration collective peut continuer de fonctionner avec un protocole sanitaire strict. Néanmoins, avec le télétravail généralisé, l’activité des restaurants d’entreprises est fortement réduite, voire à l’arrêt. La fermeture des bars et restaurants pourra aussi de nouveau affecter certains débouchés.

L’enseignement agricole continue

Dans les établissements scolaires agricoles, la continuité pédagogique s’applique. Les apprenants (lycéens, étudiants, apprentis et stagiaires) sont accueillis en respectant un nouveau protocole sanitaire édité le 2 novembre par le ministère de l’Agriculture. L’hébergement en internat reste possible, mais les règles de distanciation physique, l’application des gestes barrières, la limitation du brassage entre élèves et la désinfection des locaux et des matériels doivent rester de rigueur. Les stages et formations en milieu professionnel sont autorisés à condition que la sécurité sanitaire soit garantie. Le ministère de l’Agriculture a publié en ligne une foire aux questions relative à l’enseignement agricole dans le contexte du Covid-19.

La chasse est interdite, sauf régulation

La saison de chasse a pris du plomb dans l’aile. Même quand elle peut être pratiquée à moins d’un kilomètre de chez soi, la chasse de loisir reste interdite. Le ministère de la Transition écologique a seulement autorisé, dans un communiqué du 1er novembre, la tenue des « actions de régulation de la faune sauvage susceptible d’occasionner des dégâts aux cultures et aux forêts » organisées sous le contrôle des préfets. Les sangliers et les chevreuils sont les premiers visés.

Foirails et abattoirs ne baissent pas le rideau

Le reconfinement n’entache pas les activités liées aux productions animales. « Nos entreprises fonctionnent normalement et nous concentrons nos efforts sur le respect des gestes barrières », assure Mathieu Pecqueur, directeur de Culture Viande, syndicat qui regroupe les principaux industriels de l’abattage et de la découpe des viandes.

Du côté des marchés aux bestiaux, aucune annulation en vue, ni de décalages de dates ou d’horaires. « Nous abordons la situation plus sereinement que lors de la première vague », note Marion Donars, chargée de communication à la Fédération française des marchés de bétail en vif (FMBV), même si « les marchés prennent un coup à chaque confinement, confie Alain Bretaudeau, son président. Au marché de Cholet (Maine-et-Loire), un rythme de croisière a été à peine retrouvé depuis quatre lundis. » À Châteaumeillant (Cher), « les acheteurs ont répondu présents, mais les apports de bovins et d’ovins ont été moins importants », indique Jérôme Chartron, chef des ventes. Concernant les veaux, « les opérateurs restent mobilisés dans la collecte », rassure Jean-Jacques Gendry, responsable du foirail de Château-Gontier (Mayenne).

Le conseil en élevage poursuit son activité

Dans les élevages, les activités de conseil ne vont pas s’interrompre. « Certaines prestations pourront être assurées à distance, mais le contrôle de performance devrait se poursuivre normalement », indique Gwenaëlle Gain, directrice de France Conseil Élevage (FCEL). L’activité des entreprises de sélection et de reproduction devrait également se maintenir. Néanmoins, certains opérateurs prennent les devants. Ainsi, une lettre cosignée par Capgènes et FCEL appelle les éleveurs caprins à faire une déclaration précoce des mises bas pour anticiper les visites et ne pas « compromettre la valorisation génétique des lactations à venir ». Du côté des vétéri­naires, « aucunes restrictions ni reports d’actes ne sont envisagés », rassure Christophe Brard, président de la Société nationale des groupements vétérinaires, qui rappelle que la télémédecine vétérinaire est actuellement mise à l’essai. Enfin, pour les élevages laitiers, aucun appel à la modération de la production n’est envisagé. « Nous ne sommes pas en période de pic de production comme en mars, indique Caroline Le Poultier, directrice de l’interprofession laitière (Cniel). Mais les opérateurs devront une nouvelle fois réorienter certaines fabrications. »

Pas de pénurie en légumes ni en farine

Comme lors de la première vague, le marché des biocarburants est touché, du fait du ralentissement des déplacements (lire p. 8). La nouvelle fermeture des bars et des restaurants devrait encore pénaliser les meuniers, les brasseurs et les fabricants de cidre. Elle inquiète aussi les filières de la pomme de terre (lire p. 7) et des légumes, même si les cantines restent ouvertes. « Il faut être vigilant et se réorganiser comme on l’avait fait la première fois pour approvisionner la chaîne alimentaire et continuer la distribution des produits, explique Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France. Comme au printemps, il n’y aura pas de pénurie en légumes. » L’approvisionnement en farine n’est pas non plus touché, selon l’Association nationale de la meunerie française (ANMF).

Dans les champs, les entreprises de travaux agricoles poursuivent les derniers chantiers d’automne. Les concessions de matériels agricoles, les chambres d’agriculture et les organismes de conseil maintiennent leurs activités, avec parfois des adaptations liées au protocole sanitaire.

La rédaction

Attestation pour les déplacements professionnels

Comme lors du premier confinement, tous les déplacements, y compris professionnels, doivent être justifiés par une attestation dérogatoire, sous peine d’une amende de 135 €. L’attestation peut être remplie en ligne, via l’application TousAntiCovid ou sur papier libre. Pour les salariés agricoles, il est possible de remplir une attestation professionnelle dont la durée de validité est déterminée par l’employeur. Elle concerne les déplacements entre le domicile et le lieu de travail ainsi que les déplacements entre les différents lieux de travail. Pour les non-salariés, l’attestation dérogatoire est à remplir quotidiennement en cochant le motif « Déplacements entre le domicile et le lieu d’exercice de l’activité professionnelle ». Cependant, quelques préfets de département autorisent l’utilisation d’une attestation permanente de déplacements pour les exploitants agricoles.

A.G.

Le non-respect de l’interdiction de déplacements constitue une infraction passible de 135 € d’amende. © Jean-Pierre Amet
Les mesures de soutien aux entreprises touchées sont maintenues

Lors du premier confinement, le gouvernement avait annoncé une série de mesures de soutien aux entreprises dont l’activité était frappée par la crise. Ces mesures se poursuivent pour ce deuxième confinement. Leurs modalités d’application doivent être précisées par décret.

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, a annoncé le 29 octobre que les conditions d’éligibilité au fonds de solidarité destiné aux entreprises et indépendants étaient assouplies, l’aide pouvant atteindre jusqu’à 1 500 € par mois. Un coup de pouce est également prévu pour le paiement des cotisations sociales, le renforcement et l’élargissement du dispositif d’exonération ayant été annoncé. Le ministère de l’Économie indique une suspension automatique des prélèvements pour tous les travailleurs indépendants, sans démarche de leur part.

Les prêts garantis par l’État peuvent être contractés jusqu’au 30 juin 2021, avec la possibilité de différer leur remboursement d’un an de plus. L’amortissement du prêt pourra quant à lui être étalé sur une à cinq années supplémentaires. La MSA, de son côté, propose toujours aux agriculteurs fortement touchés par la crise une aide allant jusqu’à 1 000 euros pour qu’ils équipent leur exploitation et leurs salariés de matériels de protection.

B. Quantinet

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Cet article est paru dans La France Agricole

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