En clôture des États généraux de l’alimentation, le premier ministre avait annoncé l’objectif de 15 % de la SAU française en bio en 2022. Mais « avant de le confirmer », il voulait évaluer les « risques de dérapage budgétaire ». L’objectif gouvernemental vient d’être confirmé à travers le programme Ambition bio annoncé par Stéphane Travert. Quant au budget, il est conséquent : 1,1 milliard d’€ (Md€) (contre 0,7 Md€ sur la période 2013-2017, selon le ministère).

Dans le détail, il comprend la prolongation et la revalorisation du crédit d’impôt (qui passe à 3 500 € dès 2018), un doublement du fonds de structuration des filières géré par l’Agence bio (qui passera de 4 à 8 M€/an) et surtout le renforcement des aides à la conversion. Celles-ci ne mobiliseront pas moins de 630 M€ de fonds européens Feader et 200 M€ de crédits d’État « auxquels s’ajouteront les autres financements publics ». Un budget cohérent avec les besoins estimés par la profession. Laquelle, pourtant, est loin de l’euphorie, se méfiant des « tours de passe-passe » d’un gouvernement obsédé par le déficit public.

On suppose que la contribution de l’État de 200 M€ est budgétée. Celle des autres financeurs (Régions, Agences de l’eau…) dépendra de l’état de leurs caisses, notons qu’on parle d’augmenter la redevance pour pollutions diffuses, perçue par les Agences de l’eau, pour l’affecter au développement de la bio… Mais d’où viendront les 630 M€ de Feader ? En attendant l’instruction des dossiers 2016 et 2017, la Fnab a fait ses estimations sur la base des surfaces engagées dans chaque région. Fin 2017, il resterait au total 40 à 50 M€ de Feader dans l’ensemble des enveloppes bio pour finir la programmation. Le transfert de 4,2 % d’aides du premier pilier apportera un peu d’argent frais sur le second pilier en 2019 et 2020. Mais la bio n’aura que des miettes : seuls 0,3 % (autour de 40 M€) sont laissés à la discrétion des Régions, à ventiler entre bio, MAEC, investissements…

Impossible d’imaginer consommer 80 M€ pour les conversions d’ici 2020, et 550 M€ entre 2020 et 2022 (1) ! L’État fera-t-il jouer la fongibilité des enveloppes Feader, pour transférer sur la bio des crédits non consommés ailleurs ? Cela relève de la compétence des Régions, autorités de gestion sur le Feader, qui ne se laisseront pas dicter leurs choix. Et vu l’ampleur des besoins sur le second pilier (ICHN, MAEC, PCAE…), les marges de manœuvre sont limitées. Pourtant Édouard Philippe l’avait promis : l’objectif de 15 % ne serait confirmé que lorsque les moyens d’y parvenir auraient été « finement analysés ». L’État annoncerait-il 630 M€ qu’il n’a pas, sans idée derrière la tête ? Jusqu’au 1er août, il peut décider d’un nouveau transfert du premier vers le second pilier…

(1) Notons que le budget de la Pac après 2020 n’est pas encore connu, mais il se pourrait que la réforme soit retardée de deux ans, avec reconduction du budget actuel sur la période transitionnelle.

Par Bérengère Lafeuille