Après ces trois années de patience, l’éleveur Laurent Le Pape monte au créneau : « On marche sur la tête. Il faut imaginer un arbitre de foot qui rentrerait sur un terrain sans connaître les règles avant la fin du match. Cela fait trois ans qu’on fait ce que veulent le gouvernement et le consommateur. Mais c’est comme si j’étais puni. »

Au total, six agriculteurs du Finistère connaissent cette situation, et ils sont dix-sept au niveau régional, souligne l’éleveur laitier de Beuzec-Cap-Sizun. Ils ont tous en commun d’être passés en agriculture biologique en 2016, après un contrat MAEC (1).

Les fonds existent, le bug persiste

En mars 2015, « j’ai signé un contrat MAEC de cinq ans avec l’État, poursuit l’éleveur. J’ai alors dû procéder à des changements de mon système d’exploitation. Or, au final, j’arrivais à un système proche de celui du bio. On était en pleine crise du lait… L’aide doublait quasiment. Donc je me suis dit : “Je passe en bio.” Ça s’est fait le 25 novembre 2015. » Si son basculement a bien été acté par la Région, le logiciel dédié reste bloqué sur sa situation antérieure. Et malgré les promesses récurrentes de l’administration, Laurent Le Pape attend toujours ses aides, à hauteur, désormais, de 55 000 euros.

Interrogé sur ces dossiers en souffrance, le vice-président de la Région Bretagne, Olivier Allain, assure que les fonds existent. Mais il reconnaît des difficultés informatiques persistantes. « À l’origine, nous avions voulu faciliter les choses pour ces agriculteurs en leur conseillant ce passage des MAEC à une conversion bio. On était loin de penser que cela générerait un tel bazar. » Face aux protestations, l’ASP vient de fixer la nouvelle échéance du jeudi 19 septembre pour le versement des aides. Le rendez-vous est pris.

Rosanne Aries

(1) Mesure agroenvironnementale et climatique.