Après l’incendie de son usine, le 26 septembre à Rouen (Seine-Maritime), Lubrizol a annoncé la création d’un fonds de solidarité pour réparer les préjudices subis par le secteur agricole.

« Le Fonds national agricole de mutualisation sanitaire et environnemental (FMSE) a accepté d’être l’organisme interface entre Lubrizol et les agriculteurs », explique Joël Limouzin, qui en est président, à la suite d’une réunion organisée au ministère de l’Agriculture, le 10 octobre. Son rôle sera d’organiser les expertises et d’indemniser les agriculteurs impactés, à partir du fonds de solidarité créé par Lubrizol. Le FMSE n’aura donc pas à avancer l’argent. « Lubrizol devra abonder le fonds tant qu’il sera nécessaire », insiste Joël Limouzin, qui indique que le FMSE a demandé à l’industriel que le fonds de solidarité ne soit pas « fermé ».

Le FMSE sera aussi l’intermédiaire pour « rembourser » le Cniel (interprofession laitière), qui annonçait le 3 octobre, la mise en place d’un dispositif de maintien de la paye du lait de septembre.

40 à 50 millions d’euros

Lors de la première réunion du comité pour la transparence et le dialogue, le 11 octobre, Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, parle de 40 à 50 millions d’euros de préjudices (1) pour le secteur. L’État semble avoir négocié, avec Lubrizol, la prise en charge de toutes les pertes liées à l’application du principe de précaution pour les produits agricoles, dont la commercialisation a été bloquée. Difficile, cependant, de dire quand les premières indemnisations vont arriver. Selon Joël Limouzin, il est nécessaire de connaître les résultats détaillés des analyses pour construire les imprimés qui permettront aux exploitants de déclarer toutes leurs pertes. Il espère que le FMSE pourra verser les premières avances dans les semaines qui viennent pour les plus touchés.

Levée des séquestres

L’Anses (2) a rendu son avis sur 130 prélèvements de lait de vache et de chèvre, réalisés du 29 septembre au 7 octobre 2019. Les contaminants prioritairement recherchés étaient « les dioxines et les furanes, PCB, HAP, et des éléments-traces métalliques ». L’agence indique que les échantillons « ne présentent pas de dépassement des teneurs maximales réglementaires », ni de signes de bioaccumulation dans le temps. En accord avec la DGAL (1), les mesures de restriction sur le lait et les produits laitiers, y compris ceux transformés entre l’incendie et la mise en place des séquestres, ont été levées. « C’est un premier pas indique Stéphane Donckele, producteur de lait à Catenay (Seine-Maritime) et vice-président de la FNSEA, mais la levée des restrictions aurait pu être plus rapide. Il reste la question des produits qui sont encore en consignation, comme les fruits et légumes, la betterave et le fourrage. Le calendrier donné par le ministère n’est pas assez précis pour rassurer les producteurs. »

Un second avis de l’Anses est toujours attendu concernant toutes les autres productions. Le ministère de l’Agriculture indiquait, le 14 octobre, qu’il serait rendu « dans les jours qui viennent ». Ce n’est qu’après la publication de ces résultats que les travaux d’expertise pour évaluer les pertes pourront commencer.

M. Salset

(1) Chiffre de la Direction générale de l’alimentation (DGAL).

(2) Agence nationale de sécurité sanitairede l’alimentation, de l’environnement et du travail.