Quelle vision de la ruralité défendez-vous à Bruxelles ?

Gérard Peltre : En Europe et en France, on continue de considérer que le développement économique et la vitalité des territoires ruraux ne dépendraient que du dynamisme et du poids des villes. On tend aussi à confondre agriculture et ruralité. Les politiques européennes ne valorisent pas tout le potentiel de croissance des territoires ruraux. C’est pourquoi nous réclamons leur reconnaissance en pôles de développement et d’innovation. Cette reconnaissance doit s’accompagner de moyens propres, avec un même cadre réglementaire pour tous les fonds dédiés et d’un équilibre des ressources. Il faut arrêter de croire que le développement rural se fera en piquant les sous de la Pac.

Pourquoi réclamer un livre blanc sur le sujet ?

La Commission a toujours été l’écrivain des orientations politiques de l’Union européenne. Or, elle fera ses premières propositions de stratégies pour la programmation post-2020, dès l’année prochaine. Il y a urgence à agir : quand les projets des règlements européens seront connus, il sera trop tard. Mieux vaut inspirer les politiques publiques que de les discuter une fois écrites… Pour l’instant, elle a encore les oreilles ouvertes, profitons-en : avec les dix-neuf organisations du Mouvement européen de la ruralité, nous lui demandons de rédiger ce livre blanc pour qu’il serve de véhicule à nos idées, afin que le Conseil et le Parlement transforment les propositions en actions. Cela fait partie de notre travail de lobbying : mobiliser les instances officielles pour qu’elles agissent sur le même calendrier.

Quelles actions concrètes attendez-vous ?

Nous avons présenté au Comité des régions, le 19 avril, un projet d’agenda rural européen, pour exprimer nos souhaits de manière opérationnelle : renforcement des partenariats publics-privés, approches territoriales intégrées adossées à des projets d’entreprises, développement du très haut débit dans les campagnes pour y stimuler l’installation de résidents entrepreneurs… L’exemple du e-commerce est marquant, on ne sauvera pas les postes de nos villages en décidant simplement de les garder, mais en générant du trafic par l’implantation d’entreprises autour…

Propos recueillis par Alain Cardinaux