Le divorce est consommé entre l’interprofession porcine (Inaporc) et la Cooperl, leader français de la viande de porc. Pour comprendre les origines de cette querelle fratricide, un retour en arrière s’impose.

Le contentieux remonte à septembre 2020, lors des dernières élections pour la présidence d’Inaporc. Guillaume Roué, le président sortant issu de la famille de l’amont, s’était alors présenté à sa succession. Un choix ayant « entravé » l’élection de Bernard Rouxel, selon la Cooperl. Il était l’unique candidat de la famille de l’aval, et par ailleurs le vice-président de la coopérative lamballaise. Cette dernière s’était notamment appuyée sur les statuts d’Inaporc, stipulant que « la présidence et la première vice-présidence sont assurées respectivement et alternativement par l’amont et l’aval ». Ne reconnaissant pas la réélection de Guillaume Roué, la Cooperl a décidé de quitter l’interprofession en novembre 2020, et ce faisant, de ne plus s’associer au financement du dispositif collectif d’équarrissage (ATM) à partir de janvier 2022. En réaction, Inaporc a décidé le 23 juin dernier de rendre obligatoires les cotisations ATM « à compter du 1er janvier 2022 », indiquent les Comités régionaux porcins de Bretagne et des Pays de la Loire. Selon les deux organisations de l’amont, ces cotisations s’appliqueront aux distributeurs - qui assurent « 80 % du financement total » - et aux éleveurs. Donc aussi à la Cooperl, par le truchement de son groupement de producteurs.

Il n’en fallait pas moins pour que la coopérative bretonne s’en remette au ministère de l’Agriculture. « N’étendez pas la “contribution volontaire” qui finance le système d’équarrissage actuel en une “cotisation volontaire obligatoire”, ainsi que vous le demande Inaporc. Demandez-lui au contraire de se réformer en profondeur et de faire la transparence sur ses comptes », fustige-t-elle le 28 juin dans une lettre ouverte. La Cooperl y défend au passage le projet de gérer « en direct » son propre système d’équarrissage. Après s’être également désengagée de la Fédération des industriels charcutiers-traiteurs (Fict) ainsi que du syndicat de l’abattage-découpe (Culture viande) ces dernières semaines, la coopérative lamballaise semble­ plus que jamais déterminée à faire cavalier seul.

par Vincent Guyot