Tout avait pourtant bien commencé. En signant, le 30 janvier, un décret stipulant que pour chaque nouveau projet de réglementation, le gouvernement devrait désormais en retirer deux déjà existantes, Donald Trump a satisfait l’une des principales revendications des agriculteurs, exaspérés par la multiplication des normes environnementales.

Et puis les choses se sont gâtées. D’abord en matière de politique commerciale : retrait des États-Unis du traité transpacifique, volonté de renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain avec le Canada et le Mexique, menace de hausse des droits de douane sur les produits chinois… Ce penchant protectionniste embarrasse les filières agroalimentaires, dont une grande part de la production est exportée. D’autant plus que les trois pays dans le viseur du président ont absorbé l’an dernier près de la moitié des exportations agricoles américaines.

Il y a eu ensuite les premières mesures de durcissement de la politique migratoire, avec une intensification des arrestations de clandestins et le décret, ultérieurement suspendu par la justice, interdisant l’entrée sur le territoire aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane. Ces tensions mettent mal à l’aise les milieux agricoles, car plus de la moitié des ouvriers travaillant sur les exploitations, sans compter la main-d’œuvre employée dans les industries agroalimentaires, est constituée de sans-papiers.

Les producteurs de maïs sont sur la défensive. Le Mexique est de loin leur premier marché d’exportation, avec plus du quart des ventes. Un projet de loi, dans ce pays, prévoit de ne plus acheter de maïs aux États-Unis, en cas de guerre commerciale. Et le ministre de l’Agriculture mexicain a déclaré qu’il voulait diversifier les importations de maïs, au profit du Brésil et de l’Argentine.

Les projections à dix ans du bilan du maïs aux États-Unis, récemment publiées par le département américain de l’Agriculture, sont édifiantes. En 2026-2027, la production de maïs pourrait être supérieure de 11,5 millions de tonnes à la moyenne des années 2014-2016, en raison de la hausse des rendements. Mais la demande intérieure devrait croître beaucoup plus lentement, à cause notamment d’une baisse de la production de bioéthanol, due à la réduction de la consommation d’essence.

C’est un tournant majeur : entre 2004-2005 et 2016-2017, les quantités de maïs transformées en bioéthanol ont augmenté en moyenne de 8,5 millions de tonnes par an, grâce aux lois sur l’énergie imposant l’incorporation d’un volume croissant de biocarburants dans l’essence. Les prix payés aux maïsiculteurs américains vont donc dépendre de plus en plus des débouchés à l’exportation. Pour eux, une guerre commerciale est le pire des scénarios.

Par Jean-Christophe Debar
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