Le bio fait l’unanimité. Que ce soit comme mode de production privilégié, à l’opposé des modes de production productivistes, ou comme marché de niche qui protège les paysans. Mais quand il s’agit de réglementer, personne n’est d’accord.

La réglementation actuelle remonte à 2007. En 2014, la Commission a proposé une révision afin de développer le bio, harmoniser les conditions de concurrence entre États, simplifier les règles et renforcer la confiance des consommateurs. Parfait. L’application était attendue pour 2017.

Las, c’est une vraie foire d’empoigne. Autant au Conseil (les ministres des États) qu’au Parlement européen, les deux colégislateurs. Ce fut l’un des derniers sujets examinés au Conseil en 2016. Le ministre slovaque, qui assurait la présidence tournante, avouait, désabusé : « La négociation pourrait encore continuer pendant des années, sans parvenir à un accord. » Le Parlement européen, de son côté, demandait de « faire une pause ».

Sur quoi ça bloque ? Le lien au sol ? La production bio suppose un lien direct avec l’écosystème du sol. La culture bio peut-elle se faire en bacs, avec des terres issues des exploitations voisines dans des serres chauffées ou refroidies selon les besoins ?

L’approche cocktail ? La détection de résidus de pesticides (deux ou trois ?) doit-elle entraîner le déclassement automatique ? La plupart des États y sont opposés, avançant les contaminations involontaires. Le bio est un mode de production et pas une garantie de résultat. En cas de déclassement, le producteur sera-t-il indemnisé ? La présence fortuite d’OGM suscite les mêmes débats.

La taille des exploitations ? En France, on associe volontiers bio au petit paysan. Une vision à l’opposé de l’Italie ou des Pays-Bas, par exemple.

On pourrait citer aussi les débats sur la fréquence des contrôles, l’étendue des dérogations… Malgré la fronde, la Commission a annoncé qu’elle maintiendra son texte. Voilà une image bien triste, mais c’est ainsi qu’avance, cahin-caha, la construction européenne. C’est aussi ainsi qu’elle se déconstruit.

Par Nicolas-Jean Brehon