Depuis trois ans, la production laitière a augmenté alors que la demande se rétractait. La Commission multiplie les initiatives pour maîtriser l’offre. Car dans l’urgence, ce n’est pas le législateur (les ministres du Conseil et le Parlement européen) qui décide, mais c’est la Commission. Elle agit alors par acte délégué. La mesure est immédiatement applicable sauf si le Parlement ou le Conseil s’y oppose dans les deux mois.

La première urgence concerne le contrôle des volumes. La faculté de conclure des ententes entre producteurs pour s’autoréguler ne plaît à personne. Pas d’argent, pas d’accord. La Commission a donc institué une aide à la réduction de production. L’aide étant de 14 euros par 100 kg et le budget prévu étant de 150 millions d’euros, cela devrait entraîner une réduction d’un peu plus de 107 000 tonnes. Mais certains craignent que les efforts de régulation volontaire des uns profitent aux plus offensifs qui prendront la place des autres. D’ailleurs, quelques pays sont hostiles à ces mesures : la Hongrie, le Danemark, le Royaume-Uni…

La seconde urgence concerne l’intervention, c’est-à-dire les rachats de production par la Commission qui permettent de soulager le marché. L’intervention porte sur le lait écrémé en poudre. Avant l’été, les plafonds de rachats ont été considérablement augmentés. Le doublement du plafond, début 2016, a été atteint en un mois. Le plafond passe à 350 000 tonnes. La période d’intervention est également ajustée. Le règlement de base de 2013 prévoit que l’intervention n’est possible que pendant une période limitée à sept mois, du 1er mars au 30 septembre de chaque année. La Commission avait déjà décidé d’avancer la période de deux mois. En septembre 2016, elle a décidé de la prolonger de trois. L’intervention devient ainsi un mécanisme permanent au moins jusqu’à fin septembre 2017. Ce n’est pas le retour des fameuses « montagnes de beurre » car, curieusement, les ventes de beurre se portent bien et l’intervention est sans objet, mais les tas de poudre commencent à monter.

Dans ces propositions, la Commission ajoute, avec un brin de cynisme, que les éleveurs européens sont certes les premiers touchés mais aussi les premiers responsables. Contrairement aux années précédentes, « l’UE a contribué dans une beaucoup plus large mesure à la hausse de l’offre mondiale. Les prix élevés des produits laitiers en 2013, dans un contexte où les quotas laitiers allaient être supprimés, ont vivement encouragé les agriculteurs à investir et les livraisons de lait de l’Union ont augmenté de 11 millions de tonnes en trois ans. » La Commission regrette aussi le manque de réactivité des éleveurs. Au cours des quatre premiers mois 2016, alors qu’il était déjà clair que les débouchés diminuaient, la production de lait en poudre a augmenté de 18 %. Certes, la Commission avance, mais à reculons.

Par Nicolas-Jean Brehon