Nous paysans enregistre la meilleure audience pour un documentaire depuis deux ans. Pensiez-vous rassembler autant de monde autour de l’agriculture ?

Non, nous ne pouvions pas nous attendre à une audience aussi exceptionnelle. Cela nous touche. Ce travail a été réalisé sur trois ans. Ce genre de films est toujours un peu compliqué. Mais aujourd’hui, nous goûtons pleinement ce moment. Ce que nous voulions exprimer a été perçu ! Et ce n’est pas rien.

Quel message vouliez-vous faire passer ?

Nous avons voulu rappeler que l’histoire des agriculteurs est bien plus riche et importante que la seule question des phytosanitaires, du bio ou du pas bio, ou d’un menu avec ou sans viande. Nous avons souhaité élargir le propos en revenant sur un siècle d’histoire agricole. Notre but était de rappeler le lien entre l’agriculture et l’alimentation. Il était très important que l’on prenne conscience du travail réalisé par ceux qui nous nourrissent. Dans les années 1950-1960, la moitié du budget d’un foyer partait dans l’alimentation. Le pays est passé de 80 % d’agriculteurs à 2 % aujourd’hui. Il est passé d’une agriculture de subsistance, où chacun produit de quoi se nourrir, à une agriculture qui nourrit les Français et qui exporte, mais avec des agriculteurs qui ont du mal à en vivre.

L’expertise des agriculteurs répond-elle, selon vous, aux attentes sociétales ?

Nous sommes allés voir des agriculteurs et des agricultrices qui ne pensent pas uniquement à leur survie, mais aussi aux enjeux environnementaux, à la biodiversité, au territoire où ils vivent. Nous les avons aussi questionnés sur les phytosanitaires. Il était important pour moi de montrer que la chimie fait partie du travail, et que dans le même temps, comme le dit Grégory Bordes, le jeune arboriculteur du Lot-et-Garonne, si les agriculteurs souhaitent continuer à l’utiliser, c’est en la rationalisant et en la liant à la biologie. Les agriculteurs ne sont pas, comme on l’entend, en dehors des attentes sociétales en matière d’environnement, ils les devancent même parfois. Mais, ils disent aussi : « Donnez-nous du temps ! »

Et j’ajouterai : donnez de la valeur à leur travail en faisant attention à ce que vous mangez. C’est bien de regarder un film, c’est bien aussi d’avoir envie que les agriculteurs soient payés pour ce qu’ils font.

Propos recueillis par Rosanne Aries