Comment se porte la consommation de charcuterie ?

Les Français restent fidèles : 99,7 % des foyers en ont acheté en 2018. Toutefois, la consommation à domicile s’est érodée de 2,6 % en volume et de 0,7 % en valeur. En plus des discours antispécistes, la charcuterie souffre d’une image défavorable sur le plan nutritionnel. Nous continuons de penser que le Nutriscore [étiquetage nutritionnel à cinq couleurs, apposé sur les produits alimentaires, NDLR] ne peut refléter la complexité d’un aliment. Son évaluation doit être complétée pour intégrer les bénéfices sur la santé liés à la présence de fer, de vitamine B12, et de certains acides aminés. Par ailleurs, nous travaillons sur la montée en gamme et la réduction de l’usage d’additifs, notamment les nitrites et le sel, qui ont un rôle de conservateurs. C’est un vrai défi dans la gestion des pathogènes.

Dans quel climat se déroulent les négociations commerciales avec la distribution ?

C’est très tendu, les premiers retours sont alarmants. Les demandes de déflation sont quasi systématiques. Le rapport de force est déséquilibré face à des alliances de centrales d’achat, qui complexifient les négociations. Cela peut aller jusqu’à des déréférencements ou des menaces de déréférencement. Les efforts réalisés sur l’amélioration de la qualité des produits – ingrédients utilisés, conditions de fabrication – et l’innovation ne sont pas pris en compte. À la suite de la mise en application du seuil de revente à perte et de l’encadrement des promotions, la distribution s’appuie sur une communication très habile visant à victimiser le consommateur. Il serait, à ce stade, malhonnête de dire que la loi issue des États généraux de l’alimentation ne marchera pas. Mais force est de constater que nous n’en voyons pas encore les effets. D’autant que l’ordonnance portant sur les prix abusivement bas n’est pas entrée en vigueur.

Dans ce contexte, que pensez-vous des indicateurs de filière diffusés par Inaporc aux acteurs du secteur début février ?

C’est positif pour l’ensemble des maillons, des éleveurs jusqu’à l’aval, qui pourront s’en servir pour faire valoir la réalité de leurs prix et de leurs coûts à leurs partenaires commerciaux. C’est un document de référence, qui ne peut être contesté. Pour nos entreprises, cela va offrir des capacités de renégociation des contrats auprès de la distribution. Il faudra être attentif aux premiers cas qui feront jurisprudence.

Propos recueillis par Vincent Guyot