Que pensez-vous de la façon dont la Commission a pris en compte la sécheresse de 2018 ?

La Commission européenne a joué son rôle et c’est du côté de certains États membres que le bât blesse. Elle a adopté, dès le 16 juillet, des dérogations à l’utilisation des jachères pour les huit États qui l’avait demandé. Si la réponse à la situation française a été si lente, cela est davantage dû au retard de la réaction du gouvernement - qui n’a fait parvenir une demande de dérogation que le 31 juillet - plutôt que du fait de la Commission.

Pourquoi la réserve de crise n’a-t-elle pas été activée ?

La réserve de crise n’a jamais été activée depuis 2014 car les montants dont elle dispose sont insuffisants. Les pertes de 2018 se sont chiffrées en centaines de millions d’euros dans toute l’Europe. Si les états membres et la Commission sont réticents à utiliser les 400 millions d’euros disponibles annuellement, c’est que ces montants sont prélevés sur les paiements directs et restitués s’ils ne sont pas utilisés. C’est la discipline financière. à ma demande, dans le budget 2019, un amendement a été adopté afin d’appeler la Commission à assurer le suivi de l’impact de cet épisode climatique sur les revenus agricoles, afin de mettre en place une action ciblée si besoin.

Comment améliorer la gestion des risques dans la future politique agricole commune (PAC) ?

Il faut aller plus loin que les propositions de la Commission. En nous appuyant sur les progrès du règlement Omnibus, je propose de mieux accompagner la prévention des aléas sanitaires et de mettre en place de nouveaux outils pour couvrir les pertes concernant des produits bio involontairement contaminés. En outre, pour limiter le coût des primes d’assurance et les participations aux fonds de mutualisation, j’ai demandé par un amendement que les fonds de la réserve de crise garantissent la réassurance partielle de ces outils de gestion de risque en cas de crise majeure. Il ne faut pas abandonner la gestion de crise. Aussi, je défends la création d’un observatoire européen des marchés et d’un mécanisme d’avertissement précoce pour que le Conseil et le Parlement soient informés des menaces de crises, avec obligation pour la Commission de donner une réponse dans les trente jours.

propos recueillis par Marie Salset