Depuis le 1er janvier 2018, la Chine n’importe plus de déchets plastiques. Pourquoi ?

Pierre de Lépinau : La Chine a de gros problèmes de qualité de l’air et de l’eau. Pour tenter de les régler, le gouvernement a voulu frapper fort. Il a tout d’abord décidé d’interdire l’importation de déchets plastiques. Dans un deuxième temps, la Chine accordera une licence à certaines entreprises « vertueuses » qui pourront importer de nouveau. Mais on ne sait pas quand ces licences seront accordées.

Qu’est-ce que cela change pour notre filière de recyclage en France ?

Depuis le lancement d’Adivalor en 2008, nous avons fait le choix de ne pas exporter nos déchets en Chine car cette pratique ne nous paraissait pas durable, mais d’autres pays européens le faisaient. Leurs déchets plastiques sont désormais envoyés vers les recycleurs européens qui sont très sollicités. Ces derniers ayant le choix, ils préfèrent recycler des films industriels (type film de palette en GMS) propres. C’est plus facile et beaucoup moins cher que les films usagés de paillage utilisés en maraîchage qui présentent un taux de souillure souvent de plus de 70 %. En collectant 300 kg de films, 700 kg de terre et d’eau sont aussi ramassés. Il faut les transporter, les laver, traiter les boues… Ce qui est coûteux et contraignant. Résultat : en 2017, déjà 2 000 tonnes sur les 50 000 collectées n’ont pas pu être recyclées et ont été enfouies. En 2018, on s’attend à devoir enfouir plus de 3 000 t. Et cette tendance devrait s’alourdir.

Quelles conséquences pour les agriculteurs ?

Le coût de recyclage et donc de collecte va augmenter. Par exemple en salade, le prix de la tonne collectée de films de paillage passera cette année de 20 à 60 €. Pour les films clairs (melon), le prix de la tonne collectée passera de 10 à 25 €. Pour les agriculteurs qui améliorent leurs techniques de dépose afin de ramener le taux de souillure à moins de 50 %, des bonifications seront proposées. Des films biodégradables peuvent aussi être utilisés. Ils coûtent plus cher mais il n’y a pas de dépenses à prévoir pour la collecte.

Florence Mélix