Quels sont les enjeux du plan pollinisateur pour l’UIPP ?

Nous saluons le gouvernement français, qui se dote d’un plan ambitieux en six axes couvrant tous les aspects de protection des pollinisateurs. L’axe 5 nous concerne en particulier puisqu’il porte sur le dispositif cadrant l’évaluation des produits phyto et leur utilisation. Il vise à définir quels nouveaux tests seront demandés pour l’homologation et dans quels délais, sachant que l’interdiction en floraison s’étend à tous les produits et plus seulement aux insecticides et acaricides.

Qu’en espérez-vous ?

Aujourd’hui, le cadre réglementaire européen évolue sur la problématique des pollinisateurs : il faudrait profiter de cette occasion pour s’en rapprocher et arrêter de réfléchir avec un contexte franco-français. Nous ne sommes pas contre le changement du système d’homologation en lien avec l’amélioration des connaissances scientifiques, mais c’est au niveau européen qu’il faut faire le travail. Les experts européens ne sont pas encore d’accord sur le seuil de risques acceptables : à quoi servirait un système français où les interprétations seraient différentes ? Le calendrier d’introduction des nouveaux tests doit également être réaliste et soutenable, en tenant compte des capacités des laboratoires à les mener.

Quels sont les risques d’un système franco-français ?

Si la France décide d’un système avec ses propres tests et sa propre logique, ce sera ingérable : il entraînerait d’abord un frein à l’innovation et à la mise sur le marché des produits, et impacterait le renouvellement de certaines autorisations. Une double homologation est trop complexe pour les firmes, qui n’arriveraient pas à répondre à toutes les conditions et est aussi source de distorsions de concurrence. Les produits seront interdits par principe, et les entreprises devront apporter la preuve qu’ils ne présentent pas de risques pour obtenir une dérogation. Toutes ne pourront pas le faire dans les délais, engendrant un problème de disponibilité pour les agriculteurs. Les laboratoires capables de faire les tests sont par ailleurs peu nombreux en Europe, avec des capacités limitées et des contraintes de saisonnalité. S’il y a un afflux de demandes, les entreprises vont privilégier les produits les plus importants, ce qui implique un risque pour les cultures mineures de ne plus avoir de réponses, ou bien décalées dans le temps.

Propos recueillis par Justine Papin