Comment se porte la pomme française ?

« En France, nous produisons 1,6 Mt, dont environ 500 000 t à destination de l’exportation. L’année 2019 a été charnière pour la filière, notamment avec une rupture sur nos marchés extérieurs. Jusqu’en 2000, la France était le premier exportateur mondial et n’a cessé de voir sa place contestée depuis. Nous sommes passés au septième rang en volume.

Une première baisse significative a eu lieu en 2014 avec l’embargo russe, puis en 2016 avec la fermeture du marché algérien. Nous continuons de subir une concurrence intra-européenne avec le développement du verger polonais à l’est. Notre compétitivité est dégradée en France, où la réglementation environnementale et sanitaire est plus stricte et où le coût de la main-d’œuvre est l’un des plus élevés d’Europe.

En quoi consiste la démarche « Vergers écoresponsables » ?

L’atout de la pomme française est d’avoir initié en 1996 une charte qualité qui a donné lieu, il y a une dizaine d’années, au label « Vergers écoresponsables ». Celui-ci s’est révélé être une bonne anticipation des attentes actuelles. Près de 1 300 arboriculteurs, soit les deux tiers de la production de pommes, ont intégré cette démarche, qui s’est construite comme un système intelligent et une démonstration d’agroécologie. Les intrants sont utilisés en dernier recours pour corriger ce qui n’a pu être fait naturellement. Aujourd’hui, notre préoccupation est celle du réchauffement climatique. Nous avons décidé d’intégrer un objectif de réduction d’émission de CO2 au cahier des charges, qui se traduit en termes de consommation d’énergie.

Comment la filière fait-elle face aux nouvelles contraintes réglementaires comme l’interdiction du glyphosate ?

Chacun fait sa propre expérience, à tester divers outils et stratégies pour trouver une solution adaptée à sa situation. Mais aucune n’a réussi à dépasser l’intérêt du glyphosate. L’ANPP souhaite une homologation de la molécule à quantité réduite pour un quart de la surface. L’énergie qu’il faut mettre en œuvre et le matériel dans lequel il faut investir pour pallier l’herbicide crée une contrainte économique supplémentaire.

Le sujet du jour est aussi les ZNT. Des arboriculteurs vivent difficilement le regard de la population. Depuis 2019, la démarche « Vergers écoresponsables » rend obligatoire, pour toute nouvelle plantation en bordure d’habitations, la plantation de haies qui agissent comme des barrières naturelles, même si ces dernières n’ont pas été prises en compte par l’Anses…

J. Papin