Le 20 septembre, il aura suffi d’une interview de Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), dans le quotidien Les Échos, pour que l’assemblée générale de l’interprofession laitière (Cniel) soit annulée. La Fédération nationale de l’industrie laitière (Fnil) aurait été quelque peu « crispée » par ses propos. Il faut dire que le représentant des coopératives n’y va pas de main morte dans cet entretien. Il évoque le relationnel difficile entre éleveurs et industriels, juge que la contractualisation « ne marche pas », que les organisations de producteurs doivent devenir des OP commerciales, et tacle ses collègues du privé, qui « préfèrent se développer dans d’autres pays » plutôt qu’en France. Sans s’attarder sur le niveau de paiement du lait pratiqué par certaines grosses coopératives, qui n’a rien à envier à celui des majors du privé…

Un conseil d’administration, puis l’assemblée générale
étaient prévus ce jour-là. Mais si le CA a bien eu lieu, l’AG a été ajournée. Pourtant, différents sujets d’importance devaient être validés : le projet d’actions de l’interprofession pour les trois prochaines années, ainsi que son budget, sésame indispensable pour pouvoir prélever les contributions volontaires obligatoires (CVO, base du financement du Cniel) dès 2017 ; l’entrée de la Coordination rurale au sein du collège « producteurs » ; enfin, la réélection de Thierry Roquefeuil à la présidence de l’interprofession. Ce dernier en avait démissionné en juillet 2015, estimant à cette époque qu’il ne pouvait pas « cautionner cette attitude d’indifférence des collèges des transformateurs, qui restent sourds et muets face à une conjoncture fortement dégradée pour les éleveurs ».

Dans l’interview de Dominique Chargé, une autre phrase fait mal : celle qui demande à « changer le pilotage de la valeur ajoutée ». Rien de moins. Mais la dramaturgie laitière est bien rodée. Après cet éclat du président des coop’, les industriels pourraient revenir à une attitude plus pragmatique. Il serait, en effet, dommage de se passer de la manne des 40 millions d’euros de CVO, en grande partie consacrés à la promotion des produits laitiers, et de son effet de levier pour des cofinancements.

En début d’année, les producteurs avaient brandi la menace
d’une remise en cause des CVO si le dialogue sur le prix du lait et la valeur ajoutée restait impossible, allant jusqu’à envisager une réorientation d’une partie de cette somme vers des actions plus profitables aux éleveurs. La Confédération paysanne, en portant plainte « pour extorsion », le 23 septembre, contre Lactalis, Danone et Sodiaal, au motif qu’ils paient « en dessous des coûts de production tout en continuant à faire des bénéfices considérables », compte maintenir la pression. Avec la FNCL, les éleveurs ont-ils un nouvel allié au sein du Cniel ? Reste à savoir si ce rapprochement résistera à la colère de la Fnil.

Par Elsa Casalegno