Amis éleveurs, réjouissez-vous : une « forte remontée des cours du lait et des matières premières laitières sur les marchés mondiaux est observée depuis la fin d’année 2016 ». C’est ce qu’explique Bel dans ses informations financières du premier trimestre. Mais le groupe redoute que la hausse du prix du lait et des produits industriels laitiers ne « pénalise la marge opérationnelle de 2017 ». Ce renchérissement annoncé suscite aussi l’inquiétude de Savencia, qui évoque « l’incertitude » liée à « l’augmentation du prix du lait », dans un communiqué certes davantage destiné à ses actionnaires qu’à ses livreurs…

De fortes hausses ? Tiens donc !
Ce n’est pourtant pas l’impression qui ressort des paies de lait. La laborieuse remontée au cours du second semestre 2016 avait permis de franchir en janvier les 300 €/1 000 l (en prix de base) chez presque tous les industriels. Mais la tendance s’est stabilisée en février, avant de s’infléchir nettement en mars, qu’il s’agisse de Bel, Savencia ou Lactalis. Seul Danone maintient ses prix, mais il partait de plus bas (2).

Amis éleveurs, ne vous faites pas de mauvais sang pour vos collecteurs, car leur santé n’est pas encore vacillante. Ainsi, Bel a réalisé un chiffre d’affaires de 833 millions d’euros (M€) au premier trimestre, en hausse de 12,4 % par rapport à 2016, grâce à une prise de participation majoritaire dans le groupe Mont-Blanc-Materne en décembre dernier (1). Montant de l’opération : 850 M€. Les deux années de crise n’ont pas complètement obéré sa capacité d’investissement. Chez Savencia, ça va bien, merci : le chiffre d’affaires, à 1 150 M€, s’accroît de 11,7 %. L’activité fromagère enregistre une croissance de 5,7 % et celle des « autres produits laitiers » de 17,8 %, grâce à la hausse des cotations mondiales des produits industriels. Quant à Danone, son métier « produits laitiers frais » accuse des performances décevantes, avec une baisse du chiffre d’affaires de 2,3 %, « intégrant une baisse de 5,3 % des volumes et une croissance de 3 % en valeur ». Tiens, aurait-il réussi à augmenter ses prix de vente ?

Dans ce panorama, il manque Lactalis.
N’étant pas coté en Bourse, il n’a pas à fournir un état des lieux trimestriel à ses actionnaires. Cependant, sa filiale italienne Parmalat l’est. Et elle s’en sort plutôt bien. Selon Reuters, « Parmalat a annoncé une hausse de 11,3 % de son chiffre d’affaires net du premier trimestre, à 1,56 milliard d’euros ». Les deux années de crise pour les éleveurs ne l’ont pas été pour tout le monde. Manifester de l’inquiétude pour de « fortes hausses », alors que le prix à la production ne couvre pas les charges d’élevage, est indécent. En revanche, il n’est pas indécent pour les producteurs de lait d’aller chercher la part de valeur ajoutée qui leur revient.

(1) À périmètre égal (hors rachat de MOM), le chiffre d’affaires recule de 1,2 %. Hors effet de périmètre, la croissance du chiffre d’affaires de la zone Europe s’établit à + 1 % pour le trimestre.

(2) Voir l’observatoire des prix du lait réalisé par la revue L’éleveur laitier et sur www.prosdulait.fr

Par Elsa Casalegno