Inutile de dire que l’Europe est sous le choc. Après le temps du vote, vient le temps des questions et des surprises – l’effet sur la livre, sur les affaires, sur l’Écosse, etc. – et des problèmes pratiques à résoudre.

Question procédure, le pays a deux ans pour négocier un retrait de l’Union. Avec deux options. Ou bien une sortie étalée en douceur, ou bien une sortie rapide avec un traité de libre-échange (négocié entre l’Union et un pays de l’Union !…). Que feront les ministres dans les Conseils, que feront les députés au Parlement européen. Voteront-ils ? S’abstiendront-ils ? Que feront les fonctionnaires britanniques à la Commission ? Bonjour l’ambiance. Les 27 peuvent avoir une préférence, le timing sera donné par les Anglais.

Après viendra la question budgétaire. Le Royaume-Uni a toujours été chatouilleux sur ce point. Il y a d’abord l’effet direct. Le grand public ne retient souvent que le rabais britannique, une diminution de sa contribution qui permet au Royaume-Uni de payer moins que les autres. Avec ce rabais de 6 milliards, sa contribution est ramenée de 17 à 11 milliards. Un rabais financé par les autres, notamment par la France qui, depuis 2007, paye la plus grande part, ce qui représente tout de même 1,5 milliard d’euros. On remarquera d’ailleurs que dans la comparaison rituelle Pac contre rabais britannique, les Français payent deux fois plus pour les Anglais que les Anglais ne payent pour les agriculteurs français. Autant d’économies pour demain. Bye bye Britain, ce sera autant de gagné. Certes.

Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Le Royaume-Uni est le deuxième collecteur de droits de douane de l’Union. Dorénavant, ils les garderont pour eux. C’est autant de moins pour le budget de l’Union. De plus, il ne faut pas oublier que, malgré ce rabais, le pays reste un gros contributeur net, c’est-à-dire qu’il contribue aux dépenses européennes bien plus qu’il ne reçoit. Le solde annuel est de près de 7 milliards par an (8 milliards pour la France). L’UE perd un contributeur net important et sa part sera donc financée par les autres.

La France ne s’en sort pas trop mal : elle devrait, d’un côté, économiser 1,5 milliard et, de l’autre, payer 1,1 milliard de plus, ce qui fait une économie nette de 400 millions. Mais pour les autres pays, ce sera moins joyeux, avec une augmentation de 1,5 milliard d’euros pour l’Allemagne, par exemple.

Les mauvaises surprises ne s’arrêtent pas là. Car l’UE perd un pays assez riche. Le revenu moyen européen va donc baisser. Or la richesse par habitant est un critère décisif pour l’attribution des fonds régionaux. Des pays relativement pauvres (par rapport à la moyenne européenne) avant 2016 vont se retrouver relativement riches et, en toute logique, percevront moins d’aides européennes. Et ce n’est que le début.

Voilà pour les aspects budgétaires. En attendant, du moins peut-on l’espérer, le temps des politiques qui devront bien, un jour, sortir la tête du sable et enlever les œillères qu’ils gardent depuis trop longtemps.

Par Nicolas-Jean Brehon