Le 10 mars 2021, le Conseil d’État a annulé le décret gouvernemental rendant obligatoire l’étiquetage géographique du lait, jugeant « qu’il n’y a pas de lien avéré entre son origine et ses propriétés. » Cette décision, qui fait suite à une requête de Lactalis, est loin de faire l’unanimité. Dans un communiqué daté du 26 mars, la Coordination rurale y voit « une marque de mépris supplémentaire pour les éleveurs » et suspecte l’industriel de vouloir « valoriser en France un lait acheté moins cher ailleurs, comme sur le marché spot ».

« Continuer d’exporter du lait »

De son côté, Lactalis assure que cette abrogation ne remet pas en cause son engagement à faire figurer la mention « Origine France » sur les produits concernés. Le problème serait donc ailleurs. Le 23 mars, l’industriel a indiqué que sept autres pays européens avaient adopté un décret similaire sur l’origine du lait, incitant « leurs consommateurs à acheter préférentiellement les produits nationaux, au détriment des produits d’importation ». Ceci aurait porté préjudice aux exportations de Lactalis, avec des ventes « divisées par trois » sur certaines destinations. L’action engagée par la laiterie permettrait donc aux producteurs français de « continuer d’exporter leur lait en Europe sans être pénalisés par des réglementations nationales », indique l’industriel, bien conscient que des réflexions à ce sujet sont menées, cette fois, à l’échelle européenne.

Les arguments avancés ne convainquent pas le député européen Jérémy Decerle. Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Besnier, directeur de Lactalis, le député estime que « si certains opérateurs ont trouvé les ressources pour mettre en place cet étiquetage de l’origine, et même de le tourner en avantage compétitif, c’est que cela ne doit pas être tout à fait impossible pour Lactalis ».

A. Courty