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États généraux : loin du consensus

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Serge Papin (Système U) et Michel-Edouard Leclerc s’affrontent sur l’opportunité d’augmenter le seuil de revente à perte (SRP). © F. Crusiaux/REA C. Faimali/GFA

À une semaine des premières annonces des États généraux de l’alimentation, le ton monte entre les protagonistes.

Clap de fin pour le premier chantier des États généraux de l’alimentation, consacré à la répartition de la valeur dans la chaîne agroalimentaire. Emmanuel Macron devrait en présenter les conclusions le 11 octobre, et avec elles des mesures applicables aux négociations commerciales pour 2018, qui ont déjà commencé.

Que faut-il attendre de ces annonces ? L’une des principales rumeurs porte sur l’augmentation du seuil de revente à perte (SRP), en dessous duquel un distributeur a l’interdiction de revendre un produit. Réclamé par les producteurs et les industriels, ce levier a aussi trouvé un appui chez plusieurs enseignes de la grande distribution, Système U en tête. L’occasion pour elles de bousculer l’hégémonie de Michel-Edouard Leclerc sur les prix bas ? Ce dernier a vite répliqué, dénonçant « un deal complètement irresponsable » qui conduirait à augmenter les prix « de 5 à 15 % » sur tous les produits de consommation courante. Serge Papin, PDG de Système U, voit dans cet argument « un mensonge qui peut tout faire capoter ». Qu’importe, la machine médiatique est lancée : « Nous sommes d’accord pour payer plus cher le porc, le lait, la viande, les fruits et les légumes, répète Michel-Edouard Leclerc, campagne publicitaire à l’appui. Mais qui croira qu’on va améliorer le niveau de vie des agriculteurs en augmentant le prix de la lessive ou du shampooing ? » Allié de poids dans cette contre-attaque, l’UFC-Que choisir estime que cela reviendrait à « ponctionner inutilement 1,4 Md€ de pouvoir d’achat ». Pour l’association, les agriculteurs seraient peu concernés. Et « obliger les distributeurs à vendre plus cher ne garantit en rien qu’ils achèteront plus cher à leurs fournisseurs… »

Le salut par les contrats ?

« Il faudra être courageux politiquement pour tenir les positions », a confié Serge Papin devant les chambres d’agriculture, le 28 septembre. Il présentait devant elles un autre axe fort issu de l’atelier 5, qu’il coprésidait lors des États généraux : un nouveau modèle de contrat qui « inverse la construction du prix en partant de la production » et qui permettrait, « à partir d’indicateurs nouveaux, de mieux être en phase avec les prix de revient des agriculteurs ».

Cette démarche semble trouver davantage d’échos. Dans une note d’analyse publiée le 27 septembre, le think tank Saf agr’iDées alerte toutefois sur le danger d’une contractualisation « obligatoire », pensée comme succédané des anciennes organisations communes de marché. Il préconise non pas une contractualisation encadrée par des outils collectifs, qui ne passerait pas les fourches caudines du droit de la concurrence, mais « davantage de souplesse » pour favoriser les démarches individuelles. Avec néanmoins « des outils collectifs de connaissance » et, pourquoi pas, des contrats-types élaborés en interprofession. « La période de l’interventionnisme public est révolue », justifie-t-il. Mais les producteurs sont-ils prêts à se vouer au libre marché ? « Le principal sujet est de ne pas être à la merci permanente de nos clients, qui refusent la renégociation quand il y a de la volatilité de prix, rappelle Michel Prugue, président de Coop de France (1). Ce n’est qu’à partir de là que l’on pourra créer un équilibre vertueux. »

Alain Cardinaux

(1) Interview à retrouver sur www.lafranceagricole.fr

Une proposition de loi à point nommé

Hasard du calendrier : une proposition de loi visant à « restaurer la compétitivité de l’agriculture française » sera débattue à l’Assemblée nationale le 12 octobre prochain. C’est-à-dire au lendemain des premières annonces d’Emmanuel Macron concernant les États généraux de l’alimentation. « Je souhaite que le gouvernement s’empare de ce véhicule législatif pour faire passer par la loi des mesures d’urgence en faveur des agriculteurs », confie Le député Les Républicains à l’origine de ce texte, Arnaud Viala (photo). L’occasion est belle, mais il y a en réalité peu de chances pour que la majorité se saisisse d’une proposition émanent d’un groupe d’opposition pour concrétiser un projet gouvernemental de l’ampleur des États généraux. Il lui faudra toutefois réfléchir à une autre excuse pour renoncer à cette opportunité législative…

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Cet article est paru dans La France Agricole

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