Depuis quelques années, par un effet de mode, le mot « résilience » a remplacé celui de « résistance ». On tend à confondre les deux termes, alors qu’ils désignent deux choses distinctes. Il faut revenir au sens précis de ces mots pour mieux comprendre les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur les filières agricoles aux États-Unis. La crise teste indéniablement la capacité de résistance de l’agriculture américaine.

En Floride, des producteurs laissent les tomates pourrir sur pied. Dans le Wisconsin, on jette du lait. Et trois abattoirs de porcs, réalisant à eux seuls près d’un cinquième de la production nationale de viande porcine, ont dû fermer. En cause, trois phénomènes qui se conjuguent : la réduction de la demande due à l’effondrement de l’activité économique et l’explosion du chômage ; le report des ménages sur les magasins de détail et le commerce en ligne, alors qu’ils s’alimentaient pour moitié dans les restaurants et les cantines ; enfin, des ruptures au niveau de la récolte et de la transformation des produits, ainsi qu’en divers points de la chaîne logistique, en raison notamment d’un manque de main-d’œuvre.

L’État fédéral va verser 16 milliards de dollars d’aides aux agriculteurs et dépenser 3 autres milliards pour acheter des produits agricoles en excédent et les donner aux organisations caritatives, débordées. D’autres fonds pourraient être débloqués dans les prochains mois.

Mais cette générosité budgétaire ne répond pas aux questions qui émergent sur la résilience du système agroalimentaire, soit sa capacité à surmonter durablement les chocs, en procédant aux changements structurels qui s’imposent. Pour une partie de l’opinion, la pandémie révèle les fragilités d’un système hyper-concentré. Les exploitations sont d’autant plus exposées aux bouleversements de la demande qu’elles se sont spécialisées dans un petit nombre de productions et dépendent d’une poignée de transformateurs. Les consommateurs sont d’autant plus vulnérables qu’ils sont de plus en plus éloignés des lieux de production. Selon ce courant de pensée, il faut promouvoir une économie alimentaire plus diverse et plus régionalisée, multiplier les petits abattoirs, favoriser les circuits courts. En somme, changer de paradigme et de pratiques. La crise est loin de s’achever, mais le débat est ouvert.

par Jean-Christophe Debar