«Les choses s’intensifient. Dans notre région, on a compté près d’une dizaine d’intrusions en dix jours », déplore Fabienne Combot-Madec, directrice de la FRSEA Bretagne, à l’occasion d’une mobilisation devant le siège du groupe Avril face à L214.

Cette organisation, au mot intrusion, préfère d’ailleurs « enquête ». Si les termes font débat, l’action, elle, demeure illégale : entrée dans un bâtiment d’élevage et prises de vue d‘animaux malades ou morts sans le consentement du producteur, avec une « libération » du bétail, pour les structures les plus aguerries.

Pris sur le fait

Dominique Jouandet, éleveur de porc dans l’Orne, a surpris des activistes chez lui. « Ils ont juste lâché douze porcelets dans la cour », s’amuse-t-il. Dominique produit 11 000 porcs Bleu-Blanc-Cœur par an, avec son frère. Ce dernier a d’ailleurs tenté de voler le téléphone qui filmait. Après une course dans les champs, les gendarmes sont arrivés, et l’affaire s’est bien terminée. Les représentants syndicaux redoutent cependant la possible détérioration de ces altercations.

« Les abolitionnistes sont agressifs. Notre crainte, c’est qu’un agriculteur réagisse mal, et que cela tourne au drame », s’inquiète Arnaud Gaillot, secrétaire général de Jeunes agriculteurs. Un risque, qui requiert selon lui des condamnations en justice pour les militants, voire la dissolution des structures.

L’ère de la méfiance

Au sein de l’interprofession avicole, on n’arrive plus à suivre les dossiers. « On a d’abord eu Hugo Clément et DxE dans un élevage de poulets de chair fin mars, et puis ces deux élevages de dinde début avril », déplore Yann Nedelec, président d’Aviculteurs de France. Car ce serait près de dix mille dindes, qui seraient mortes étouffées entre deux élevages de Normandie et de Bretagne le week-end du 13 avril. Sur cette affaire, les professionnels restent discrets, afin de préserver les procédures en cours.

Côté porcins, ces intrusions sont d’autant plus dérangeantes, que l’on tente de prévenir la peste porcine africaine. « Ces gens ne prennent aucune précaution, et peuvent apporter des pathogènes », dénonce la directrice de l’interprofession. La filière offrirait même des conseils à ses éleveurs contre les visiteurs. Mais, on ne veut pas tout dévoiler, pour se protéger.

I. L

Hervé Le PRINCE, COLLECTIF les Z’hOMNIVORES (Bretagne)
« Renversons la situation par une marée de procédures »

Votre collectif œuvre depuis 2015, en Bretagne, pour défendre le secteur agroalimentaire contre ses détracteurs. Comment conseillez-vous aux éleveurs de réagir en cas d’intrusion ?

Les antispécistes n’attentent qu’une chose, c’est que leurs cibles portent plainte. Les procédures leur offrent des tribunes, et font partie de leur stratégie. Cependant, il faut tout de même lancer des poursuites, puisque, si tous les éleveurs touchés le font, les associations n’auront pas les moyens de mener tous les dossiers en même temps. Seule une marée de procédures permettra de renverser la situation.

Vous êtes aussi consultant en communication. La stratégie de ces associations dans ce domaine vous semble-t-elle efficace ?

Il y a un véritable récit, qui repose sur l’éthique environnementale, la promesse d’une alimentation saine, la défense d’un modèle frugal, et qui embarque les adhérents. Or, nous, dans les filières, nous avons longtemps oublié de réaliser ce travail-là.

Quelles actions votre collectif a-t-il mené suite à ce constat ?

Nos filières doivent elles aussi faire porter leurs voix. Nous assurons donc la promotion d’une alimentation variée et saine, qui ménage un équilibre entre produits végétaux et ceux animaux.

L’autre projet que nous menons consiste à poursuivre le décryptage de la machine de guerre abolitionniste, et à le partager. Récemment, nous avons même été sollicités par des parlementaires, qui ont été étonnés de la gravité du phénomène.

Pourquoi s’en prendre ainsi aux éleveurs ?

Il faut être lucide : ces attaques nous dirigent vers un monde sans paysans, et une alimentation artificielle. Les militants ne sont que les idiots utiles d’une industrie. En 2023, le marché de la viande artificielle devrait peser 6,5 Mds de dollars. Et les personnes qui investissent dans ce secteur, sont celles qui soutiennent les abolitionnistes.