Tout a commencé par un mystérieux dîner au bois de Boulogne, le 19 septembre 2017. Le groupe Carrefour a réuni des journalistes et « faiseurs d’opinion » à la Fondation Good Planet (de Yann Arthus-Bertrand), pour dévoiler une filière dédiée aux « produits interdits ». Comprendre, derrière ce sulfureux slogan : une gamme de légumes issus de semences paysannes, c’est-à-dire non inscrites au catalogue officiel. L’initiative s’appuie sur un contrat volumes-prix conclu sur cinq ans avec des producteurs bretons. Elle porte sur une cinquantaine de tonnes, « ce qui était disponible en production », explique Philippe Bernard, directeur partenariat PME et monde agricole pour Carrefour.

Cette microniche illustre la volonté de l’enseigne d’élargir son offre par une plus grande segmentation du marché (filières sans OGM, sans antibiotiques, sans pesticides…). Et de présenter une image engagée au grand public : une pétition a été lancée pour faciliter l’inscription des semences paysannes au catalogue officiel.

Le Gnis riposte

Un message politique qui ne passe pas auprès du Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis). Selon l’organisme, le catalogue est bien assez garni pour remplir les étals des distributeurs soucieux de diversité : « Les sélectionneurs publics et privés ont conservé les variétés anciennes quand elles étaient abandonnées de la grande distribution. Ils disposent ainsi dans leurs collections de plus de 2 000 variétés de tomates, 4 000 de piments et de poivrons, 1 000 de carottes… qu’ils mettent à la disposition de tous ! » La polémique gagne les réseaux militants. Malgré son hostilité au Gnis, le Réseau semences paysannes (RSP) s’est désolidarisé de cette campagne, qu’il estime être « de la récupération pour se verdir la façade ». D’autres préfèrent toutefois y voir une opportune mise en lumière de leur combat…

Alain Cardinaux