Près de six mois après le référendum sur le Brexit, les contours de la nouvelle frontière de l’Union européenne restent toujours aussi flous… voire plus encore qu’ils ne semblaient l’être au lendemain du vote.

De ce côté-ci du Channel, plus personne ne s’aventure à établir un quelconque pronostic sur les termes de la séparation. Aucun commissaire n’est habilité à en parler publiquement.

La balle est dans le camp de Londres, qui peine à définir ses objectifs, avant de lancer formellement la procédure de divorce, peut-être en mars 2017. À ce stade, un seul point semble consensuel outre-Manche : l’ambition de faire du Royaume-Uni la plus grande économie ouverte sur le monde. Un objectif pour le moins embarassant pour l’agriculture européenne qui est, de loin, son plus grand fournisseur.

Deux tiers des produits alimentaires consommés par les Britanniques sont importés – et 75 % de ces produits sortent directement des exploitations et entreprises européennes…, principalement des Pays-Bas, d’Irlande, de France et d’Allemagne. La disparition du Royaume-Uni du marché communautaire pourrait faire bondir mécaniquement la part totale des exportations de produits agricoles et alimentaires européens vers les pays tiers de 11 % à 15 % – donc l’exposition de l’agriculture de l’UE au marché mondial. Avec certains secteurs comme le sucre, le bœuf, le blé et la volaille particulièrement exposés.

Or, dès lors que les Britanniques décident de vivre leur vie en matière commerciale, leur laisser l’accès total au marché communautaire sera tout simplement inconcevable : cela reviendrait à faire de Londres la porte d’entrée vers l’Europe, sans aucune barrière, pour tous les pays qui négocieraient des accès vers le Royaume-Uni. L’Europe devra donc se protéger.

Il s’agit là d’un casse-tête pour le négociateur européen Michel Barnier. Il devra trouver la voie étroite entre solides protections et maintien de liens forts avec le marché britannique. Pour le moment, celui-ci se concentre sur la construction de son équipe, tâche qu’il prend soin de ne déléguer à personne. L’équipe compte déjà plus d’une vingtaine de fonctionnaires, dont plusieurs fidèles. Elle atteindra au total 50 experts spécialisés. Leur rôle : négocier, et donc appuyer sur les sujets sensibles britanniques, aussi.

L’agriculture n’a jamais été un sujet de grand intérêt outre-Manche. Il serait surprenant que Londres redécouvre le secteur du jour au lendemain. Néanmoins, les whiskies écossais, par exemple, sont loin d’être un sujet anodin. Ils représentent plus de 10 % des exportations agroalimentaires du Royaume-Uni – quelque 1,2 milliard d’euros en 2015. Compte tenu des velléités écossaises d’indépendance, ce sujet sera sans aucun doute sur la « short-list » des négociateurs de sa Majesté.

Par Luc Vernet