Confrontés depuis plus de deux ans à une crise du marché du sucre, les fabricants se veulent toutefois optimistes pour les prochains mois (1). « Avec le coronavirus, les cours ont fortement chuté, mais il ne faut pas désespérer, les fondamentaux avant la crise étaient bons et ils devraient le redevenir, affirme Thierry Desesquelles, directeur betteravier de Saint Louis Sucre. Les prix européens devraient passer les 400 euros la tonne. »

Pour 2020, le groupe privé propose ainsi à ses planteurs un prix minimum de 25,70 €/t (forfait collet déduit) pour 70 % de leur production sous contrat, et le reste selon une grille de prix en fonction du cours du sucre. Si ce dernier atteint 420 €/t, 100 % des betteraves seront payées 25,70 €.

De son côté, Cristal Union prévoit cette année un prix de base de 23 €/t, auquel se rajouteront 2 €/t de prime de compétitivité sur les 25 derniers pourcents des tonnes engagées et livrées, soit quasiment 0,5 €/t de plus. A cela vont s’additionner les indemnités de campagne. « Ce qui nous permet d’avoir de la sérénité par rapport à ce prix de base dans un contexte compliqué, c’est que nous avons su nous restructurer l’année dernière », souligne Olivier de Bohan, président du groupe.

Chez Tereos, si les prix 2020 ne sont pas connus par les adhérents, Jean-Charles Lefèbvre, le président, se dit également confiant : « Le marché européen du sucre est cette année déficitaire et nous sommes en droit de penser que les prix vont se tenir. Il n’y a pas à faire de raccourcis entre les cours mondiaux qui ont fortement baissé et les prix intraeuropéens. »

Sécheresse et pucerons inquiètent

En revanche, la sécheresse qui sévit depuis les semis inquiète les sucriers. Les betteraves ont pris du retard, avec des levées très étalées. Des parcelles ont dû être ressemées à la suite des orages violents dans le nord. « S’il le faut, nous adapterons les dates de démarrage de la récolte », juge Jean-Charles Lefebvre.

La filière est aussi très préoccupée par les difficultés à lutter contre les pucerons, très présents à la faveur des températures chaudes du printemps, et pouvant réduire les rendements jusqu’à 30 %. Olivier de Bohan estime que l’interdiction, il y a deux ans, des néonicotinoïdes pour les plantes qui ne fleurissent pas, comme la betterave, est « une erreur politique grave qu’il faut corriger ». Il demande une dérogation temporaire d’utilisation de ces produits, comme c’est déjà le cas en Belgique, en Autriche et en Pologne, « en attendant d’avoir des alternatives dignes de ce nom ». Un travail est en cours sur ce dossier au sein de l’interprofession. Objectif : ne pas affaiblir la filière française de la betterave et du sucre, au moment où la souveraineté alimentaire revient sur le devant de la scène.

Blandine Cailliez et Isabelle Escoffier

(1) Lire les interviews sur www.lafranceagricole.fr

« La question des néonicotinoïdes est un problème qui concerne toute la filière et il nous affaiblit tous », insiste Olivier de Bohan, président de Cristal Union. © B. Cailliez
« Il n’y a pas à faire de raccourcis entre les cours mondiaux qui ont fortement baissé et les prix intra-européens », estime Jean-Charles Lefebvre, président de Tereos. © G. Gonzalez