Je l’ai déjà dit et je le répéterai encore : les éleveurs doivent bien prendre conscience du fait que le bien-être animal est « l’affaire » du moment. Il y a eu un temps où les pluies acides, les nitrates, le bio… étaient « tendance ». Aujourd’hui, c’est clairement le tour du BEA. Ah oui, j’oubliais de vous dire qu’à Bruxelles, on dit BEA… Les Allemands donnent le ton. Tous partis confondus. La dernière nouveauté vient d’une eurodéputée du groupe de la gauche unitaire européenne. Pour positionner le groupe sur l’échiquier politique, c’est celui auquel a adhéré Jean-Luc Mélenchon.

Une députée allemande, donc, a présenté un rapport d’initiative (ce n’est donc pas un rapport sur une proposition de la Commission) sur les normes minimales de protection des lapins d’élevage. Il souligne la nécessité de prendre en compte les enjeux économiques, l’environnement, le bien-être animal et suggère la généralisation d’un système d’enclos, au lieu des cages utilisées aujourd’hui.

Autrement dit, après les cages à poules, vient le temps des cages à lapins. On aurait dû commencer par eux, d’ailleurs, car les éleveurs de lapins savent que c’est un élevage autrement plus exigeant que celui des Gallus domesticus. Monsieur lapin, par exemple, n’est en forme que s’il est heureux. Il lui faut de l’eau, des carottes, de la paille, mais il est aussi très sensible au stress. Un lapin qui déménage, qui perd sa compagne, qui entend les cris des comparses quand on les égorge, ou qui reconnaît son voisin transformé en peluche sur la banquette arrière de la voiture des visiteurs, eh bien, son moral en prend un coup, et il perd du poids, des poils et du tonus.

J’ai l’air de rigoler – un peu tout de même , mais je ne dis pas ça par hasard. Le rapport paraît un peu trop centré sur les conditions de logement des animaux alors que les conditions d’alimentation, de soin et les états émotionnels méritent autant d’intérêt. Après, il faudra inventer un logo pour que le consommateur puisse faire la différence entre un lapin à élevage biodynamique, comme on dit aujourd’hui, et un lapin en cage. Ce n’est qu’un rapport d’initiative, sans texte à l’appui, mais les agriculteurs, notamment les éleveurs, doivent être attentifs aux signaux de la société. Les Allemands sont à fond sur le BEA, et il est certain qu’il y aura des initiatives dans ce domaine dans la prochaine Pac. Les éleveurs français sont mêmes parmi les premiers concernés. D’abord, parce que manger du lapin est tout simplement inconcevable dans beaucoup de pays de l’Union. La France est un îlot de résistance, mais même dans notre pays, la consommation de lapin baisse régulièrement depuis dix ans (- 20 %). Et puis, chacun sait que, après les poules et les lapins, ce sera le tour des oies.

Par Nicolas-Jean Brehon