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Reconquérir les agriculteurs européens

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Budget Pac. Les agriculteurs britanniques espèrent que le gouvernement continuera de leur verser les 3,9 milliards d’euros qui leur étaient alloués dans le cadre de la Pac. © E. TSCHAEN/REA

Après le divorce voté par les Britanniques, les dirigeants européens doivent réenchanter l’idée commune. Cela passe par une Pac protectrice de ses agriculteurs.

«Oui à la sortie de l’UE ». Une semaine après l’onde de choc qu’a provoquée le résultat du référendum britannique le 24 juin, il paraît évident que les dirigeants européens ne s’y sont pas préparés. Plus alarmant, les politiques anglais qui ont milité pour le Brexit semblent tout aussi désœuvrés, repoussant l’activation de l’article 50 du traité de Lisbonne qui lancera la procédure de divorce.

Quelles sont les conséquences pour les agricultures européenne et française ? Difficile à dire à ce stade. Les ministres de l’Agriculture des 28 étaient réunis en Conseil lundi pour discuter des outils de gestion de crise et de la simplification de la Pac. On s’attendait – espérait – une déclaration forte pour rassurer sur l’avenir de l’agriculture européenne. Mais… rien. Toutes les décisions ont été reportées. Même celle de débattre du Brexit. Stéphane Le Foll a invité ses homologues à se réunir en France le 31 août. « Ils pouvaient mettre un point final à la crise, violente, que traverse la quasi-totalité des filières agricoles », regrette Luc Vernet, cofondateur du think-tank Farm Europe. Une session de rattrapage est prévue au Conseil de juillet. « L’inaction et les non-choix de ces derniers mois sont indignes d’une grande politique européenne, et ce d’autant plus que les moyens budgétaires existent », insiste l’ancien conseiller de Dacian Ciolos, commissaire à l’Agriculture.

Répondre à la crise

La ferme Europe a besoin d’action, avec un plan de crise d’ampleur et d’application immédiate. La Pac doit retrouver le rôle pour lequel elle a été mise en place : assurer la sécurité alimentaire et un niveau de vie équitable aux agriculteurs. En 54 ans, la seule véritable politique commune de l’UE a connu trois phases majeures : la conduite de l’Europe de la pénurie alimentaire à l’abondance, l’adaptation aux nouveaux défis liés à la durabilité et à l’environnement, et le renforcement du rôle des agriculteurs dans le développement rural. « Mais pour le volet économique, qu’il a été impossible de faire avancer face aux atermoiements généralisés des responsables communautaires et nationaux, tout est encore à construire, souligne Luc Vernet. Les voies ouvertes en 2013 sont trop timides pour faire face aux enjeux des risques et de la volatilité des marchés agricoles ». Un autre chantier sera nécessaire pour retrouver la confiance des agriculteurs : la simplification des normes et l’allégement des contraintes administratives.

Éviter le piège financier

Les syndicats aussi appellent à une refonte de la Pac (retrouvez leurs réactions sur lafranceagricole.fr). Mais elle ne devrait pas intervenir avant 2020, compte tenu du calendrier de sortie de l’UE du Royaume-Uni (RU) et du cadre budgétaire européen établi pour sept ans (2014-2020). Après, les enveloppes devront être remises à plat car le RU est contributeur net au budget (lire ci-contre). Le danger est que le débat financier occulte celui sur le fond de la réforme de la Pac.

Michel Dantin, eurodéputé PPE, s’inquiète plutôt pour les agriculteurs britanniques. « Ils vont être les grands perdants du Brexit, a-t-il déclaré le matin des résultats. Leur gouvernement n’a jamais eu de propension à les aider. » Pourtant, ils seraient 60 % à avoir voté pour la sortie de leur pays de l’UE (lire page suivante). Au-delà de la Pac, ce sont les marchés qui risquent d’être chamboulés dans les prochains mois. Le RU est importateur net de produits agroalimentaires. Pour la France, les enjeux sont notamment importants en vins et spiritueux, lait et porc. Les Britanniques commercialisent aussi l’essentiel de leur production au sein de l’UE sans droits de douane. L’an dernier, 90 % de la viande de moutons exportée l’a été vers l’UE. Si le RU perd son accès préférentiel au marché unique, il fera face à une surproduction sur son marché intérieur qui concurrencera les importations de Nouvelle-Zélande. Cette dernière, comme l’Australie, s’inquiète du sort qui sera fait aux dérogations commerciales dont les deux pays bénéficient grâce à leurs liens privilégiés avec le RU.

Arielle Delest et Pauline Bourdois
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Au moins deux ans de négociations

Le résultat d’un vote par référendum n’est pas juridiquement contraignant. Mais « la volonté du peuple britannique doit être respectée », a déclaré David Cameron (photo), le Premier ministre. Pour que le RU quitte l’UE, il doit formellement annoncer ses intentions lors d’un Conseil européen, selon l’article 50 du traité de Lisbonne. Mais les Britanniques jouent la montre, parlant d’octobre au plus tôt. Une période de deux ans s’ouvrira alors pour préparer un accord qui devra être approuvé par le Conseil et le Parlement.

Outre la dizaine de milliers de textes juridiques que le RU devra adapter pendant cette période, il lui faudra aussi négocier de nouvelles relations commerciales avec l’UE. Rester dans le marché unique suppose d’accepter aussi les migrations de populations européennes. Le quitter revient à payer des droits de douane. Le RU cherche un modèle du côté de la Suisse ou de la Norvège. Quoi qu’il en soit, l’équilibre des pouvoirs sera modifié au sein de l’UE. Le « bloc libéral » (RU, Pays-Bas, République tchèque), en perdant un allier très peuplé, passera de 25 à 15 % de la population totale de l’UE. Le ralliement de l’Allemagne ne suffira pas à atteindre le seuil de 35 % nécessaire à un veto.

© News Pictures/ZUMA-REA
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Cet article est paru dans La France Agricole

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