Bouffée d’oxygène dans les trésoreries : les ATR 2017 sont presque tous versés. En raison des délais d’instruction, les dossiers déposés tardivement sont traités au fil de l’eau, mais les versements devraient bientôt s’achever. La panique du 16 octobre, quand le versement espéré n’était pas là, fait peu à peu place au soulagement. Pour tous ? Hélas non. Il reste quelques exclus. Des « pestiférés », comme ils se dénomment parfois eux-mêmes, obligés de rappeler les fournisseurs pour décaler à nouveau le règlement des factures.

Ces situations sont moins fréquentes que ce qui était craint,
l’État ayant fait des efforts notables pour accompagner les exploitations les plus fragilisées, que la rigueur bruxelloise excluait de l’ATR. Après deux ans de rodage, le dispositif ciblant les agriculteurs en procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire a pu être déployé plus rapidement. Encore fallait-il être identifié par l’Administration en amont : cela supposait de demander l’ATR, tout en sachant qu’on n’y avait pas droit… Heureusement, beaucoup l’ont fait.

Reste cependant une catégorie de paysans
dont le compte en banque est resté vide le 16 octobre, et qui ne percevra pas d’aides avant plusieurs mois. Ils ont pourtant tout fait dans les règles et dans les temps. Comme cette agricultrice qui espérait 11 000 € d’ATR. Mi-octobre, le compte affiche toujours 4 000 € de découvert. Sur Telepac, elle apprend alors qu’elle ne touchera rien cette année, au titre du « remboursement du trop-perçu ». Aucune alerte préalable, aucun courrier d’avertissement. L’explication est trouvée plus tard : l’exploitation ayant diminué de taille et déplacé son siège hors zone défavorisée, l’ATR versé en 2016 sur la base des aides 2015 était surévalué. « On ne nie pas devoir de l’argent, mais pourquoi cela n’a-t-il pas été calculé avant ? Si on avait eu une alerte, on se serait organisés ! » Quand on ne triche pas dans la déclaration Pac, que l’on paye même un conseiller pour la faire, « on imagine que l’argent perçu est celui auquel on a droit ».

Comment s’y retrouver au milieu des retards qui se cumulent depuis 2015 ?
Un autre agriculteur nous confiait le mois dernier que « depuis deux ans et demi, on reçoit des virements sans nomenclature. ATR ? DPB ? Aide couplée ? On a parfois attendu deux mois pour savoir à quoi cela correspondait ». La crise traversée par l’agriculture a remis au goût du jour les budgets de trésorerie, préconisés par de nombreux conseillers de gestion notamment pour les exploitations fragilisées. Mais l’exercice est compliqué quand à l’imprévisibilité du marché, s’ajoute le flou du calendrier des aides. L’ASP promet de rendre plus clairs les relevés de situation, afin d’aider les agriculteurs à s’y retrouver. Elle y planche pour 2018…

Par Bérengère Lafeuille