Les idées sur la prochaine Pac de l’après-2020 commencent à sortir. L’un des sujets concerne l’intervention, c’est-à-dire les achats ponctuels de productions agricoles par l’Union européenne pour soulager les marchés. En général, sur ces questions de régulation, les Français sont aux manettes. Une fois n’est pas coutume, il semblerait que les Allemands aient pris le relais. Il faut dire que, quand les grandes surfaces ont annoncé une baisse des prix du lait de 25 % cette année - oups -, ils ont commencé à se dire que la régulation n’avait pas que des inconvénients…

Pourquoi l’intervention ne marche-t-elle pas, ou pas très bien, et n’a guère d’effet sur les marchés ? Parce que tout est programmé à l’avance. Voilà ce que disent en substance les Allemands qui semblent disposés à réfléchir à de nouveaux mécanismes plus performants, plus réactifs. Jadis, l’intervention avait son efficacité dans un contexte de prix donné fixe. Il faut un outil de marché adapté à la volatilité des prix.

Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les prix et les volumes d’intervention sont préfixés dans le règlement Pac. Certes, ce n’est pas figé dans le marbre, car les plafonds peuvent être augmentés, comme ce fut le cas en début d’année pour la poudre de lait, mais cela suppose de passer par une procédure législative lourde. Le temps juridique est décalé par rapport au temps économique des marchés. L’intervention soupape reste d’un intérêt limité.

Comment trouver cette réactivité ? Première condition : laisser planer le doute. Quand les journalistes demandent à la réserve fédérale américaine s’ils vont augmenter/baisser les taux d’intérêt, du loyer de l’argent, que répond le patron ? Peut-être, peut-être pas. De combien ? Vous verrez. Quand ? Je ne sais pas, nous verrons… Ils jouent sur les nerfs et sur les marchés. Deuxième condition : la réactivité. La décision de recourir à l’intervention relève de la Commission. Elle s’entoure des avis des États. Mais la Commission reste une machinerie plus proche du porte-avions, qui a besoin de plusieurs kilomètres pour manœuvrer, que du zodiac des forces spéciales. Pourquoi ne pas imaginer un fonds d’intervention, hors des commandes de la Commission et aux mains d’une autorité indépendante qui réagirait au marché ? Dans le nouveau contexte du marché volatil, il faut jouer sur la flexibilité, tant sur les volumes que sur les prix.

C’est un eurodéputé allemand, Albert Dess, originaire de Bavière, la grande région agricole d’Allemagne, qui porte ce projet. Il avait déjà travaillé sur la réforme de la Pac de 2013. Sans grand succès, il faut le reconnaître, tant l’inertie l’emporte souvent sur les velléités de réforme. Mais le débat est lancé. Même si ce projet n’aboutit pas, cela témoigne tout de même d’un réel changement de ton de la part des Allemands. La Commission européenne le comprend comme ça. Et pas seulement elle.

Par Nicolas-Jean Brehon