Mi-décembre, un président de coopérative ovine consultait les cotations: 7,25 €/kg pour l’agneau conventionnel sous indication géographique ; 6,80 €/kg pour le bio. Il a ensuite nuancé : « Sur l’année, l’agneau bio est payé en moyenne 5 % plus cher ». C’est encore trop peu pour rémunérer le cahier des charges bio.

La bio doit être rentable par elle-même ou ne pas être,
tranchent certains, que le fait de verser une « aide au maintien » dérange. Mais que sont les DPB, si ce n’est une aide au maintien des exploitations, bio et conventionnelles (1) ? Le paiement vert, si ce n’est une aide au maintien de pratiques environnementales de base – le mois dernier, la Cour des comptes européenne a estimé qu’il n’avait entraîné un changement de pratiques que sur 5 % de la SAU ? Et dans le second pilier, dont relève la bio, comment définir l’ICHN, si ce n’est comme une aide au maintien de l’agriculture en zones difficiles ? Même certaines « MAEC système » ont pour objectif de conforter des systèmes existants parce qu’ils entretiennent l’espace ! D’autres visent un changement de pratiques, mais proposent aussi un volet « maintien » (2). Finalement, on finance beaucoup de maintien !

Dans le même temps, l’État et l’Europe veulent rémunérer les services environnementaux :
ceux rendus par l’agriculture bio font consensus. Il est question de cibler les aides Pac sur l’agriculture familiale et l’emploi : les fermes bio françaises sont plus petites que les conventionnelles et font vivre deux fois plus d’actifs à l’hectare. L’aide bio semble donc servir ces deux objectifs… À l’inverse, privée d’aide au maintien, la filière pourrait devoir s’industrialiser pour compresser ses coûts. À moins d’augmenter les prix.

Dans les sondages, les consommateurs se disent prêts à payer plus,
mais dans une certaine limite. Leur appétit de bio risque donc d’être satisfait par des produits importés moins chers : certains États membres subventionnent davantage leurs surfaces bio (Italie, Allemagne…) ou ont des coûts de production inférieurs du fait de la taille des fermes bio et du coût des salaires (Europe de l’Est). Sans parler des pays tiers !

C’est justement pour parer à cette concurrence
que le ministère a choisi de recentrer le budget sur la conversion. Répondre au plus vite à la demande croissante pour éviter que du bio d’importation ne s’implante, telle est la stratégie. Elle suppose qu’un agriculteur converti ne se déconvertit pas. Mais quid du repreneur ? Vu la pyramide des âges, l’enjeu de demain, au-delà du maintien, est la transmission des fermes bio.

(1) Surtout conventionnelles : les bio, plus petits et plus extensifs, tendent à toucher moins de DPB.

(2) Que les Régions n’ouvrent pas forcément, mais qui n’a pas fait l’objet d’un retrait officiel de l’État.

Par Bérengère Lafeuille