Le plan Ambition bio 2022 devrait s’appeler, au mieux, Ambition bio 2026, suggère la commission des finances du Sénat. Dans un rapport sur le financement de l’agriculture biologique, trois sénateurs pointent l’écart entre le rythme actuel de conversion – déjà élevé – et celui nécessaire pour atteindre 15 % de surfaces en bio d’ici à deux ans. Mais peu importe, concluent-ils ensuite, puisque le gouvernement n’a pas les moyens financiers d’assumer cette ambition !

Pagaille

Le rapport de 280 pages souffre de quelques faiblesses, dues à la méconnaissance de ses auteurs (1). Néanmoins, leur travail a le mérite de mettre en lumière une certaine pagaille. Difficile pour les parlementaires d’exercer leur mission de contrôle de l’action de l’État, vu le flou qui règne sur le financement de la bio : éparpillement des financeurs, instabilité des modalités, amalgame avec les MAEC dans les lignes budgétaires, annonces gouvernementales déconnectées des programmations budgétaires, financement croissant de la part des agences de l’eau (pas retracé dans le budget de l’État).

Sur la base des informations recueillies, les auteurs jugent en tout cas que le renforcement des moyens annoncés dans le cadre du plan 2022 reste très insuffisant par rapport à la cible visée. À moins de tabler sur une baisse des soutiens versés à la bio

Mais justement, est-ce à l’argent public de rémunérer cette agriculture, ou le marché peut-il s’en charger ? Selon les sénateurs, les bénéfices des produits bio pour le consommateur (en termes de goût, santé…) sont incertains, alors que les bénéfices environnementaux (qualité de l’eau, biodiversité...) associés à la bio font consensus. Alors, ils ne voient pas pourquoi il reviendrait aux seuls consommateurs de payer pour les « biens publics » que produit cette agriculture.

B. Lafeuille

(1) D’où plusieurs erreurs, comme la confusion entre la période réglementaire de conversion (trois ans) et la durée de versement des soutiens au titre de la conversion (cinq ans).