La situation géographique de la république d’Irlande et la relation particulière qu’elle entretient avec l’île voisine la placent dans une position très délicate. L’accord trouvé entre Theresa May et l’Union européenne, rejeté à trois reprises par le Parlement britannique, tient compte du « cas irlandais ». Pour éviter que les 500 km qui séparent les deux Irlande redeviennent une frontière physique, synonyme de contrôles et de droits de douane, le protocole prévoit un filet de sécurité à la fin de la période de transition du Brexit, fin 2020. Ce fameux « backstop » s’appliquerait dans le cas où le Royaume-Uni et l’Union européenne n’auraient pas trouvé d’accord et donnerait à l’Irlande du Nord (territoire britannique) un statut particulier, permettant la libre circulation des marchandises, tout en l’obligeant à respecter les règles du marché unique européen. Les défenseurs d’un Brexit « dur » s’y opposent. Ils estiment qu’un tel scénario empêcherait un divorce total avec l’Union européenne. Si la frontière physique entre les deux Irlande était rétablie, la filière agricole irlandaise serait sévèrement touchée. « 40 % de nos exportations agricoles sont destinées au Royaume-Uni », expliquait Joe Healy, président de l’Irish Farmers Association (IFA), le 23 juin 2017, lors d’une conférence sur le futur de l’agriculture irlandaise après le Brexit. La filière bovine serait notamment très impactée. « 90 % de notre viande de bœuf est exportée, dont 50 % vers le Royaume-Uni et 45 % vers l’Union européenne, en transit par l’île britannique », s’inquiétait-il.

Au-delà du risque économique que fait peser le Brexit sur l’Irlande, c’est la question du maintien de la paix dans une région qui a connu des conflits pendant plus de cinquante ans qui inquiète. « Contenir la paix dans cette zone est un travail quotidien », avait alerté Simon Covenay, ministre irlandais des Affaires étrangères, de passage à Paris le 15 mars 2019.