Pourquoi la filière laitière française peine à rémunérer ses éleveurs ?

Nous ne souffrons pas de surtranspositions de normes, mais la structure de la filière laitière française est singulière. 23 % des livreurs sont situés en montagne et profitent de niveaux de valorisation très variables selon les zones. Nous disposons de coopératives de taille moyenne et d’importants opérateurs privés. Mais lorsque ces derniers investissent à l’étranger, c’est d’abord pour développer la production locale. Dans les pays nordiques, quelques grandes coopératives tirent l’ensemble de la filière, comme FrieslandCampina aux Pays-Bas, ou Arla au Danemark. Ce sont des vendeurs de commodités qui se sont placés très tôt sur le marché européen, grâce à une politique de volumes. Les laiteries françaises ont toutefois gagné du terrain dans les pays tiers, notamment sur le lait infantile en Asie, où notre qualité et notre savoir-faire s’exportent bien. Sur le marché intérieur, les effets positifs de la loi issue des États généraux de l’alimentation devraient également s’affirmer.

La viande bovine française a-t-elle perdu en compétitivité ?

Globalement non. Il y a dix ans, nous importions 26 % de notre consommation de viande bovine, contre 22 % en 2018. Notre solde du commerce extérieur est positif d’un milliard d’euros en 2018, essentiellement expliqué par la vente de bovins vifs. S’agissant de la viande, nous importons de la vache de réforme - que nous mangeons - et exportons du jeune bovin, mieux valorisé. Mais la France est très dépendante d’une poignée de clients : 80 % du chiffre d’affaires est réalisé en Allemagne, en Italie et en Grèce. Sur le marché intérieur, l’origine France devrait continuer de gagner du terrain, notamment en restauration hors domicile. À l’export, il y a un fort potentiel vers la Chine sur un marché haut-de-gamme. Les équilibres tiennent à peu de chose, et l’accroissement des tonnages vers l’empire du Milieu concourrait à améliorer des trésoreries dégradées qui peinent à se redresser.