"Ni expert, ni scientifique, je suis parti très enthousiaste, tout en redoutant que les décisions prises ne soient pas à la hauteur des enjeux. Je rentre raisonnablement optimiste, tout en restant très inquiet. À la Cop 27, immense foire où se côtoient les représentants de 196 États, les grandes compagnies privées (en partie bailleurs de fonds), les ONG, et les chercheurs, j’ai senti une grande énergie et observé beaucoup de compétences. Beaucoup de greenwashing aussi, dans les pavillons imposants des pays producteurs de pétrole et de gaz, comme sur les stands des industriels des énergies fossiles, ou des producteurs d’engrais (très courtisés dans le contexte actuel).

Un fonds d'indemnisation

Malgré le bilan mitigé de ce sommet climatique (non-taxation des énergies fossiles des grands pays émergents (3), engagement très insuffisant de réduction des émissions de gaz à effet de serre), je retiens quelques bonnes nouvelles. La création d’un fonds d’indemnisation des dégâts irréversibles imputables au changement climatique, a été actée. Même si pour l’instant, seuls 350 millions de dollars ont été annoncés, un montant très faible face aux immenses besoins, c’est une initiative dont bénéficieront les paysans des contrées les plus pauvres et les plus vulnérables (îles du Pacifique, Pakistan, etc.).

L’agriculture dans le communiqué final, une première

Cette avancée modeste est une première, tout comme la mention de l’agriculture et de la forêt dans la résolution finale de la Cop 27. Jusqu’ici, l’agriculture était peu présente dans les Cop. Seule 1,7 % de la finance climat revient en effet à l’agriculture familiale. L’essentiel des fonds est destiné à contrer l’atténuation climatique et à décarboner l’énergie et va aux secteurs des transports et des combustibles.

D’ici aux quatre prochaines années, les travaux conduits au sein de Koronivia (4) sur l’intégration de l’agriculture en tant que solution climatique, vont se poursuivre. C’est aussi un point positif. Émetteur de gaz à effet de serre, l’agriculture a le devoir de limiter ses émissions de GES par certaines pratiques agroécologiques (ACS, agroforesterie, certains types d’élevage, compost..), mais elle a aussi le pouvoir d’atténuer le réchauffement climatique par sa capacité à stocker du carbone dans le sol et la végétation.

Les Cop ont leur utilité

Alors que de nombreuses voix pointent l’inefficacité de ces grands rendez-vous — « une arnaque », selon Greta Thunberg —, je reste persuadé qu’elles ont encore leur utilité malgré leur coût et leur énorme empreinte en carbone. Sans la tenue des Cop précédentes, au lieu d’aller vers une augmentation des températures de 2,4 degrés d’ici à la fin du siècle, on irait vers le double (en l’état actuel des engagements pris par les États) ».

(1) Agriculteurs français et développement international.

(2) Alliance mondiale des agri-agences, mandatée par les organisations paysannes (organisation de coopération agricole internationale), en collaboration avec le WFO (Word Farmers Organisation).

(3) Chine, Inde, Brésil…

(4) Koronivia est une action menée dans le cadre de la FAO.