L’association suisse animaliste Sentience a proposé d’inscrire la dignité des animaux de rente dans la Constitution et d’encadrer les pratiques agricoles afin de limiter l’élevage intensif. L'initiative contre l'élevage intensif concerne donc tous les types d'élevage, mais la question de la taille des structures avicoles a suscité de nombreux débats. Parmi les autres revendications, il y avait l’accès systématique à l’extérieur, la limitation du temps de transport jusqu’à l’abattoir et la limitation du nombre d’animaux par exploitation.

Au maximum 2 000 pondeuses par bâtiment

Le nombre de poules pondeuses devait être limité à 4 000 par exploitation et divisé en deux bâtiments de 2 000 têtes, en s’inspirant des normes énoncées dans le cahier des charges de l’agriculture biologique suisse. « Cette initiative est un sujet très émotionnel pour nous et pour la société. C’est comme si elle avait associé le bien-être animal et le nombre d’animaux. En proposant un tel nombre d’animaux par exploitation, la question est plutôt pour ou contre l’élevage tout court ! », explique Joël Charrière, qui élève 15 800 poules pondeuses en plein air, 35 vaches laitières et cultive 65 ha de céréales, à Blessens, dans le canton de Fribourg. « Si je suis en élevage en plein air aujourd’hui, c’est par conviction personnelle et pour suivre la demande des consommateurs. Mes poules ont une aire de jeux et un jardin d’hiver (NDLR. espace extérieur couvert et grillagé) » ajoute-t-il.

La Suisse déjà en avance ?

Selon lui, les lois suisses sont déjà strictes. L’élevage en cage ou en batterie est interdit depuis 1992. La loi suisse pour la protection des animaux a limité le nombre de poules pondeuses à 18 000 par exploitation et 27 000 dans le cas des poulets de chair. Quant à la durée du trajet, il est restreint à six heures, contre 24 heures dans l’Union européenne.

Jean-Daniel Staub, agriculteur à Cuarnens dans le canton de Vaud, a choisi d’ouvrir les portes de son exploitation de 33 ha de céréales et 12 000 poulets de cher, pour montrer le bien-être de ses volailles. «  Cette initiative a eu un point positif, on peut montrer notre travail. Certains disent que les poulets sont tellement lourds qu’ils ne peuvent plus bouger : au contraire, les miens courent vers la sortie quand j’ouvre le jardin d’hiver le matin. »

Risque d'augmentation des prix

Selon le Conseil fédéral suisse qui soutenait le rejet de l’initiative, « les exigences plus élevées en matière d’élevage entraîneraient une augmentation du prix des denrées alimentaires ».

Même si le pays est déjà en avance sur plusieurs points par rapport à la France, Jean-Daniel Staub a conscience des points d’amélioration. « On va quand même vers davantage de bien-être animal. Il y aura sûrement un travail à faire sur des souches à croissance plus lente par exemple. De toute façon, on ne va pas produire des choses que le consommateur n’achètera pas. »