Jean-Michel Soubeyroux est climatologue à Météo-France. Il a esquissé dans une intervention au congrès annuel consacré à "l'eau et l'agriculture" de l'Association française de droit rural, à Toulouse le 14 octobre 2022, les impacts du réchauffement climatique. Il se base notamment sur le rapport du Giec et les données du portail "Drias les futurs du climat".

Ce climat futur est marqué par une accentuation du déséquilibre entre le besoin en eau des plantes, notamment pendant la période de végétation, et la disponibilité de la ressource à ce moment-là et une répartition de plus en plus inégale entre l’été et l’hiver et entre les régions de la moitié nord et de la moitié sud, prévient le scientifique. Cela conduira à  un renforcement de la compétition entre les usages et la nécessité de l’adaptation des pratiques agricoles".

  1. Une hausse continue des températures

    "Depuis le début du 21e siècle, on a eu une succession d’années chaudes qui se sont concentrées ces dernières années (2020, 2018, 2014). À ce jour, l’année 2022 est très en avance par rapport à l’année 2020 et pourrait constituer une nouvelle référence", décrit Jean-Michel Soubeyroux. Ce qui serait inédit après les années records de 2018 et de 2020.

    Il s'attend à une hausse continue des températures au cours de ce siècle, "sauf dans un scénario de maîtrise de nos émissions, où les températures maximales seraient atteintes en 2050".  "Pour que la hausse des températures s’arrête, il faut atteindre la neutralité carbone. Tant que le bilan net est positif, la concentration du CO2 augmente, et les températures augmentent", ajoute-t-il.

    La hausse des températures sera plus grande l'été que l'hiver. Elle sera plus forte dans sud-est de la France et plus faible dans le Nord-Ouest en bordure du littoral de la Manche et dans les zones de montagne.

  2.  L'été 2022, un aperçu des prochaines décennies

    Posant le regard sur l'été 2022, le climatologue l'analyse comme un "été moyen attendu pour le milieu du siècle". Des futurs étés qui seront marqués par des vagues de chaleur fréquentes et intenses.

    Elles "ont été quatre fois plus nombreuses depuis le début du 21e siècle que sur la période de 1947 à 2001, selon Jean-Michel Soubeyroux. L’été 2022 a présenté le record de nombre de jours de vagues de chaleurs au niveau national avec 33 jours, alors qu’en 2003, on n’avait connu que 22 jours. Le nombre de jours de vagues de chaleurs depuis les années 1950-60 est passé de deux jours par an avec une vague de chaleur tous les 4 à 5 ans, à plusieurs vagues de chaleur par an aujourd'hui et au total elles sont d'une dizaine de jours ".

    Une montée des températures révélées par les observations de Météo France. "70 % des stations de Météo-France ouvertes avant 2000 ont battu le record absolu de chaleur en 2019-2020 ou 2022", souligne le climatologue.

    En plus d'être chaud, l'été 2022 a été marqué par un déficit de précipitation. "Avec l'été 2022, ceux des années 2018, 2019 et 2020 montrent une  tendance à avoir des étés de plus en plus secs et de plus en plus chauds, ajoute-t-il. La sécheresse des sols a atteint cette année des niveaux records de la mi-juillet à la mi-août.

  3. Autant de pluie mais une répartition différente

    Au cours du 21e siècle, le cumul annuel de précipitations devrait rester stable. Un constat entouré d'une "incertitude de 10 à 20 %", nuance toutefois Jean-Michel Soubeyroux. "Depuis les années 1960, on ne connaît pas de tendance au niveau statistique. Il y a une variabilité interannuelle importante avec des années sèches et des années humides."

Si la quantité de pluie reste la même, c'est sa répartition au cours de l'année qui devrait être différente. "On s’attend à une hausse des précipitations en hiver qui pourraient atteindre parfois jusqu’à 20 % et une baisse en été jusqu’à 20 % également. Les régions du nord de la France bénéficieront de plus de pluie que les régions du sud", décrit le scientifique de Météo-France.

Les régions méditerranéennes et la façade occidentale devraient être le plus touchées par ce déficit de précipitation en été. " On s’attend à ce que le débit moyen annuel augmente dans les cours d’eau sur la moitié nord en raison des précipitations hivernales qui augmentent, et qu’il diminue sur la moitié sud.

Les pluies extrêmes deviendraient quant à elles plus intenses de 10 à 20 %, notamment dans les régions méditerranéennes, en Bretagne, dans le centre ou le nord-est du pays. "Dans d’autres régions, on n’est pas capable avec les observations de mettre en évidence ces tendances, ce qui ne veut pas dire que le phénomène n’existe pas, prévient Jean-Michel Soubeyroux. Les observations ne permettent pas d’un point de vue statistique de l’affirmer."

Il observe en revanche une augmentation des sécheresses des sols depuis les années 1960. "Cette amplitude de la sécheresse s’est multipliée par deux depuis les années 1960 et même par trois dans certaines régions du sud de la France comme l’Occitanie. Il sera de plus en plus difficile de cultiver sans irrigation l’été."