L’Organisation des Nations unies (ONU) poursuit, ce jeudi 30 septembre 2021, sa série de trois sommets internationaux qui touchent l’agriculture d’assez près. Après celui sur les systèmes alimentaires, le 23 septembre 2021 à New York (États-Unis), c’est au tour de la biodiversité, toujours à New York.

Un recensement des aides agricoles

Viendra ensuite celui sur le changement climatique, dit « Cop 26 », le 1er novembre 2021 à Glasgow (Écosse). Son agence spécialisée pour l’agriculture (FAO), ainsi que celle sur le développement (PNUD) et celle sur l’environnement (PNUE), ont publié au préalable un rapport qui pose les termes du débat pour ce qui touche à l’agriculture dans ces trois conférences.

 

Son analyse se concentre sur les leviers de l’action publique, c’est-à-dire les subventions agricoles dans les différents pays. Les agences mènent donc un premier travail de recensement des aides agricoles et, surtout, se donnent une méthode pour pouvoir les comparer d’un pays à un autre (dans cet exercice, l’Union européenne est considérée comme un seul pays).

540 milliards de dollars de soutiens

Dans le monde, le secteur agricole reçoit annuellement une aide publique de 540 milliards de dollars (463 milliards d’euros), ce qui représente 15 % de la valeur de la production agricole. Ce chiffre n’est pas seulement celui des aides directes aux agriculteurs mais celui des aides aux secteurs.

 

Les formes des soutiens se répartissent en deux. D’une part, les interventions sur les marchés (294 milliards de dollars), comme les droits de douane ou les aides à l’exportation. D’autre part, les mesures fiscales (245 milliards de dollars), comme l’aide à un intrant ou à une denrée agricole.

 

À l’horizon de 2030 selon les tendances géopolitiques habituelles, le total des soutiens agricoles pourrait être multiplié par trois, pour atteindre 1 759 milliards de dollars, en renforçant les mesures protectionnistes aux frontières. Si le rapport se pose la question de la suppression pure et simple des aides à l’agriculture, il évacue rapidement l’idée puisque les conséquences sont inacceptables aussi bien en termes d’alimentation, d’emploi que de pauvreté.

Les objectifs de développement durable

2030 est aussi l’horizon que se sont donné en 2015 les 193 États membres de l’ONU en matière de développement durable. Le rapport commun aux trois agences FAO, PNUD et PNUE se pose donc la question de savoir si les aides agricoles actuelles répondent aux objectifs de l’Agenda 2030. Il souligne au passage que les agriculteurs eux-mêmes comptent parmi les premiers à être affectés par le changement climatique.

 

Les auteurs du rapport regardent donc les effets des aides actuelles sur les objectifs environnementaux de l’ONU. La conclusion est assez directe : « 87 % de ce soutien, soit environ 470 milliards de dollars, entraîne une distorsion des prix et est nuisible sur le plan environnemental et social. Ces mesures sont inefficaces, faussent les prix des denrées alimentaires, nuisent à la santé des populations, dégradent l’environnement et sont souvent inéquitables, favorisant les grandes entreprises agroalimentaires au détriment des petits exploitants », écrivent-ils.

 

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Pour eux, ce sont surtout les pays qui soutiennent le plus leur agriculture qui sont concernés. Le rapport compte le niveau de soutien en pourcentage d’aides par rapport à la production agricole du pays. Avec ce calcul, dix-sept pays entrent dans cette catégorie. Parmi eux, on trouve l’Union européenne et les États-Unis mais aussi des pays beaucoup plus « supporters » comme la Norvège, le Japon ou la Suisse.

 

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Réorienter les aides

Les trois agences de l’ONU pensent donc qu’il faut réorienter les aides afin d’en faire des instruments plus efficaces pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris écrits dans l’Agenda 2030.

 

« La poursuite des subventions habituelles aggravera la crise planétaire et nuira en fin de compte au bien-être humain. Il faut modifier le soutien apporté dans les pays à revenu élevé à une industrie laitière et carnée surdimensionnée », affirment-elles.

 

« Dans les pays à faible revenu, les gouvernements devraient envisager de réorienter leur soutien aux pesticides et engrais toxiques ou à la croissance des monocultures », résument-elles.

 

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Un regard sur la réforme de la Pac

Le rapport appréhende la mauvaise réception de ce genre de message s’il est perçu comme une baisse des aides. Il recommande aux États de communiquer en soulignant qu’il ne s’agit pas de baisser les soutiens, mais de les réorienter. Au passage d’un encadré, on note que le rapport cite en exemple la réforme de la politique agricole commune en 2014 qui a incité les agriculteurs européens à diversifier leurs cultures.

 

Ils y voient la preuve que les politiques publiques sont efficaces pour orienter les systèmes agricoles. Ils soulignent leur intérêt pour la réforme actuelle de la politique agricole commune et les deux stratégies Biodiversity et Farm to fork de la Commission européenne, même s’ils déplorent l’absence d’objectif contraignant au niveau européen. Les producteurs, quant à eux, ont déjà largement exprimé leurs doutes quant à la baisse de production que générerait une telle stratégie.

 

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