Des éleveurs ont manifesté le mardi 9 mars 2021 dès l’aube dans la Haute-Loire pour « réveiller l’État » et alerter sur les prix de la viande. Même mobilisation dans la soirée dans le Cantal après le couvre-feu.

 

« Pas de pays sans paysans »

Peu avant 6 heures mardi, une cinquantaine d’agriculteurs et une vingtaine de tracteurs ont manifesté devant la préfecture du Puy-en-Velay (Haute-Loire), mais aussi devant les sous-préfectures de Brioude et Yssingeaux, relate Laurine Rousset, présidente des Jeunes Agriculteurs (JA) du département. Cette journée de mobilisation s’est organisée à l’appel de la FRSEA du Massif central.

 

Slogans de l'opération coup poing FDSEA/JA à la préfecture du Puy en Velay et aux sous-préfectures de Brioude et Yssingeaux Macron, l avenir de notre alimentation dépend de vos décisions,l'État veut il abandonner les agriculteurs, leurs familles et les territoires pic.twitter.com/mt0V1GY8rI

— FDSEA HAUTE-LOIRE (@Fdsea43) March 9, 2021

 

« Pas de pays sans paysans » ou « Denormandie : stop au mépris, place aux prix », pouvait-on lire sur des pancartes déposées devant les bâtiments de l’État, dénonçant également l’absence d’aides pour lutter contre l’invasion des rats taupiers.

 

« Nous voulons faire bouger les choses pour que l’État se réveille, pour une juste rémunération ! Tant que nous n’aurons pas de réponses, nous n’arrêterons pas », déclare Laurine Rousset des JA.

 

« L’agriculture est en feu »

D’autres actions ont eu lieu après le couvre-feu dans le département du Cantal, à partir de 20 heures. Quelque 400 agriculteurs ont bloqué des ronds-points d’accès à Aurillac, Mauriac et Saint-Flour. Ils ont ensuite convergé en tracteur vers la préfecture et les deux sous-préfectures de ces villes où des délégations ont été reçues, selon Delphine Freyssinier, secrétaire générale de la FDSEA 15.

 

A Aurillac les éleveurs font du bruit pour se faire entendre par l'Etat!!!
On veut pas des merci, on veut des prix !!!
#onveutdesprix ; #nosagriculteursontdelavaleur pic.twitter.com/6niifpelUb

— FDSEA DU CANTAL (@FDSEADUCANTAL) March 9, 2021

 

« C’est le couvre-feu mais l’agriculture est en feu », explique la représentante syndicale pour expliquer cette mobilisation nocturne, et les feux allumés. « La sécheresse a coûté en moyenne entre 30 000 et 50 000 euros à chaque exploitation du département. On ne veut plus de pansements mais des prix pour vivre de notre métier. »

 

« Avant un réel embrasement des campagnes, nous lançons cet ultime appel vers le président de la République, le gouvernement et les parlementaires pour que les décisions nécessaires et urgentes soient prises », prévient la FRSEA de l’Auvergne-Rhône-Alpes dans un communiqué.

 

Les éleveurs entendent alerter sur les prix de la viande jugés trop faibles « dans un contexte d’explosion des coûts de production et des prix des matières premières », explique David Chauve, président de la FRSEA de l’Auvergne Rhône-Alpes.

 

Les négociations commerciales et la Pac dans le viseur

Les négociations commerciales annuelles entre la grande distribution et l’agroalimentaire se sont achevées une nouvelle fois au début de mars sur un constat amer des producteurs, pour lesquels la loi sur l’alimentation (Egalim) de 2018 n’a pas atteint son objectif d’améliorer leurs revenus.

 

Cette journée de mobilisation vise également à peser sur la préparation en cours de la politique agricole commune (Pac) : « Ce que nous n’avons pas sur les prix, il faudra le gagner ailleurs », estime David Chauve.

 

Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé le samedi 6 mars 2021 le déblocage de 60 millions d’euros d’aides d’urgence aux éleveurs les plus en difficulté mais cette aide est jugée insuffisante par les syndicats. « Nous ne voulons pas des poussières. Avec la loi Egalim, 600 millions d’euros devaient retomber sur les fermes et ce n’est pas le cas », affirme Laurine Rousset (JA).

 

Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, entend réunir les représentants de chaque secteur « à partir de la fin de mars » pour mieux tenir compte des coûts de production et introduire plus de transparence, agitant la menace d’une nouvelle loi faute d’accord.