Plus d’un mois après la réouverture des négociations commerciales sur les prix de l’alimentaire, les industriels ont accusé certains distributeurs de « jouer la montre » face à la flambée des coûts de production, ce que ces derniers ont contesté.

Une charte que certains sont prêts à contourner

Après une nouvelle réunion de suivi des négociations, la Coopération agricole et l’Ania, principale organisation de l’agroalimentaire, ont fustigé l’attitude de certaines enseignes, qui selon elles « nuisent gravement à la filière et mettent en danger les entreprises ».

 

« Compte tenu du comportement des distributeurs, qui jouent la montre ou ignorent les demandes de renégociations des industriels, nous sommes inquiets de l’évolution des discussions », soulignent dans un communiqué le président de l’Ania, Jean-Philippe André, et celui de La Coopération Agricole, Dominique Chargé.

 

Malgré la signature d’une charte d’engagement sous l’égide du ministère de l’Agriculture il y a un mois, ils estiment que « certains distributeurs sont encore prêts à contourner son contenu sans scrupule », faisant fi d’un esprit de solidarité de filière.

Le représentent des distributeurs surpris du ton employé

Interrogé par l’AFP, le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution Jacques Creyssel se dit « extrêmement surpris du ton employé dans ce communiqué, alors qu’un certain nombre de hausses ont déjà été acceptées par les enseignes ».

 

> À lire aussi : « C’est la spéculation qui fait augmenter les prix des matières premières » (28/04/2022)

 

Face à la flambée des coûts de production liés à la guerre en Ukraine, industriels et distributeurs se sont remis autour de la table des négociations à la mi-mars pour revoir leurs contrats commerciaux, signés quinze jours plus tôt. À l’issue d’une âpre lutte, ils déterminent chaque année le prix de nombreux produits vendus aux grandes surfaces. Les négociations annuelles s’étaient conclues le 1er mars par une augmentation de 3 % pour répercuter l’inflation, trop tôt cependant pour prendre en compte la flambée des prix liée au conflit.

 

Les industriels affirment que les clauses de renégociation et de révision — qui par exemple n’intègrent pas les variations de l’énergie — « ne permettent pas de prendre en compte l’accumulation des hausses subies sur tous les postes de coûts ».

 

Ils regrettent aussi l’absence d’un moratoire sur les pénalités logistiques, des sanctions qui s’appliquent lorsque les fournisseurs ne sont pas en mesure de livrer leurs produits dans les temps ou en quantité attendue.

Neuf industriels sur dix auraient des difficultés d’approvisionnement

« Ces critiques sont injustifiées, car on reste dans le cadre de la charte : les clauses de révision sont mises en œuvre, celles de renégociations sont en cours, et quand les retards sont justifiés par des pénuries, les pénalités sont supprimées », affirme Jacques Creyssel.

 

« Or quand le produit est disponible ou qu’il n’est pas concerné par la hausse des prix, il n’y a aucune raison qu’il n’y ait pas de pénalités », poursuit le délégué général de la FCD, alors que les industriels se défendent de tout « effet d’aubaine ».

 

D’après l’Ania et La Coopération Agricole, neuf industriels sur dix subissent des difficultés d’approvisionnement, tant sur les matières premières agricoles que sur les intrants industriels comme les emballages.