Après avoir créé des centres de loisirs estivaux et des fermes pédagogiques, des exploitations agricoles italiennes ont testé, puis affiné, un nouveau concept de crèches et écoles maternelles à la ferme.

 

Au départ, il y a quinze ans, il s’agissait de remédier à la faible offre de garde en milieu rural et de diversifier les activités. À présent, ces établissements répondent à une demande des parents à la recherche d’une nouvelle vision pédagogique, plus proche de la nature. La région des Marches leur attribue même des financements du second pilier de la Pac.

Un contexte fertile

Le taux de natalité (1,27 enfant par femme), parmi les plus bas d’Europe, et la quasi-absence d’allocations familiales expliquent le peu de possibilités de garde publique et commerciale à la campagne. La plupart des jeunes mères arrêtent de travailler ou confient leurs bébés à des membres de la famille. De plus, la qualité de l’alimentation reste dans la Péninsule un critère important.

 

Ainsi, sont nées dans le nord de l’Italie des crèches (de 3 mois à 3 ans) et maternelles adossées à des fermes d’élevage, de céréales, de maraîchage. Des filles et épouses de chefs d’exploitation, diplômées, sont à l’initiative de ces structures.

 

Si cette activité de service est légalement possible au sein de l’exploitation agricole depuis les lois de la multifonctionnalité et de la fonction sociale de l’agriculture de 2015, il n’en demeure pas moins qu’elle ne peut être exercée que par des personnes dûment diplômées, agréées et contrôlées. « L’activité pédagogique doit être située dans les locaux de la ferme, être dirigée par un chef d’exploitation, et doit utiliser les produits et savoir-faire de la ferme », souligne Maître Michele Spinozzi, avocat en droit rural dans les Marches.

Une demande qui explose

En 2005, à Ospedaletto di Pescantina (province de Vérone), les voisins de Giovanni Zampini ne trouvaient pas de place en crèche pour leurs enfants. Lui, voulait créer sur sa ferme de 2 hectares de kiwis, pêches et vigne, un emploi pour son épouse, Marcella. Giovanni a alors déplacé son matériel agricole pour convertir un bâtiment en dortoir, salle de vie, de classe, toilettes et cuisine. Aujourd’hui, ils accueillent, avec cinq éducatrices, trente enfants de 9 à 36 mois.

 

Du verger à la basse-cour « que des animaux de moins d’un mètre au garrot », en passant par les ateliers cuisine, les activités sont tout trouvées, au grand air, au rythme des saisons. Giovanni a converti son exploitation en bio, « par respect pour la santé des enfants et par cohérence pédagogique ». La méthode Montessori (médecin italienne) n’est pas étrangère à ces initiatives. Il faut compter 600 euros par mois pour cinq jours par semaine, déjeuners et goûters compris. Marcella affirme que « le seul inconvénient pour les parents, c’est la quantité de vêtements à laver ».

 

Avec la crise sanitaire, la demande a explosé. Mais Giovanni voit d’un mauvais œil la dernière tendance : les crèches et maternelles en forêt, prisées par les parents anti-vaccins. « Comme ils n’ont pas de locaux, ils ne sont ni agréés, ni contrôlés », dit-il. Une dérive qui pourrait discréditer les crèches et maternelles à la ferme.