Jean-Philippe André, président de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires) dénonce les « injonctions contradictoires » formulées par le Gouvernement. « On vous parle de souveraineté alimentaire et industrielle, mais pour atteindre cet objectif il y a des obstacles qui nous paraissent infranchissables. […] On nous demande de nous projeter loin et beaucoup d’opérateurs ont la tête dans le guidon », a-t-il déclaré à la presse le 28 septembre 2022.

Au premier rang de ces obstacles infranchissables, « le tsunami » des hausses de coût de production. L’Ania enregistre dans son baromètre économique (1) une hausse de 29 % du coût des matières premières agricoles, de 26 % de celui des emballages et de 57 % du coût de l’énergie depuis le début de l’année 2022.  

« Nous avons réalisé une simulation pour 2023, à partir de chiffres d’une entreprise qui est plutôt saine, explique Jean-Philippe André. Au seul titre de ses trois principales matières premières agricoles, les hausses de coûts détruisent l’entièreté de son résultat opérationnel. Si on ajoute la hausse des matières premières industrielles et du prix de l’énergie, on n’est pas loin de détruire deux fois le résultat opérationnel. »

Modifier les critères de l'aide « gaz et électricité »

Sur la question du coût de l’énergie, Jean-Philippe André demande que les critères d’accès à l’aide d’urgence « gaz et électricité » pour les entreprises soient modifiés et que les calculs se basent sur les chiffres de 2022 et non de 2021.

Pour accéder à cette aide, il faut avoir des achats de gaz et/ou d’électricité atteignant au moins 3 % du chiffre d’affaires de 2021 et peu de petites entreprises remplissent ce critère. « Entre 2021 et aujourd’hui, il s’est passé 100 ans dans l’entreprise », clame Jean-Philippe André, surtout inquiet pour les TPE-PME.

Les renégociations qui patinent

Un autre levier pour que les industriels puissent couvrir leurs charges est celui de renégocier ses tarifs avec les clients. Mais là encore les choses ne sont pas simples.

À la veille de préparer la nouvelle période de négociation des prix des produits de grandes marques pour 2023, plus de la moitié des renégociations entamées avec la grande distribution ne sont pas terminées. « C’est une situation sans précédent », commente Jean-Philippe André. Et au-delà du nombre de signatures, il faut évaluer « la qualité de la signature », ajoute-t-il.

Selon les chiffres communiqués par l’Ania, depuis le début de l’année 2022, les négociations annuelles et les renégociations ont permis une hausse des tarifs de 3,5 %, puis 6 % alors que les industriels demandaient 7 % et 8,5%. Et quelles augmentations de tarifs pourront être passées pour 2023 ? questionne l’Ania.

Coup de frein sur les investissements

Difficile, dans ce contexte, de se projeter vers l’avenir et de prévoir les investissements nécessaires à la transition écologique. Jean-Philippe André craint un coup de frein sur les investissements et notamment ceux nécessaires pour atteindre les grands objectifs de décarbonation de l’offre de produits, par exemple pour la recherche sur les emballages recyclables.

(1) Données collectées du 5 juillet au 5 septembre 2022 auprès de 336 entreprises de toutes tailles et de tous secteurs, représentatives du secteur de l’agroalimentaire, par l’Ania.