Quelle est l'attitude des agriculteurs américains face au climat ?

Quand j’ai commencé à travailler sur ce sujet en 2013, nous participions à plusieurs salons agricoles. Les agriculteurs évitaient systématiquement notre stand et refusaient d'aborder la question du climat. Aujourd’hui, ça va mieux, mais ça reste compliqué. En effet, pour beaucoup, ce n’est pas un sujet scientifique, mais politique.

Ceux qui ne croient pas que le changement climatique est lié à l'activité humaine, n'en démordront pas, peu importent les arguments scientifiques. Ce serait remettre en cause une partie de leur identité. De plus, la précédente administration était très peu concernée par le problème. Pour poursuivre ses travaux, le département de l'Agriculture (USDA) ne parlait plus de « lutte contre les changements climatiques » mais de « résilience ».

Comment faites-vous pour sensibiliser les agriculteurs ?

Pour établir un dialogue, nous devons parler des « impacts » et des « adaptations ». Cela intéresse les agriculteurs car c’est ce qui va affecter leurs résultats comptables.

Les agriculteurs ne sont pas insensibles aux questions environnementales et voient bien les graves sécheresses dans l’Ouest cette année ou les fortes précipitations ailleurs. Mais ils doivent d’abord gagner leur vie, et se disent plus inquiets par les nouvelles régulations ou les problèmes de main-d’œuvre. Le climat n’est pas leur priorité première.

Les adaptations techniques n’offrent souvent des résultats agronomiques que sur le long terme. Est-ce un problème ?

Oui. Nous travaillons avec un céréalier en agriculture de conservation des sols qui témoigne des effets positifs, mais au bout de 10 ans ! Et il n’y a pas de garantie de résultat non plus. Finalement, le plus dur pour les agriculteurs est de faire face à l’incertitude.

Est-ce que le profil des agriculteurs influence l’adoption de nouvelles pratiques ?

D’une manière générale, les agriculteurs les mieux équipés et les plus modernes techniquement sont ceux qui s’adaptent le mieux. Beaucoup de grandes exploitations que nous suivons sont maintenant dirigées par des associés spécialisés et très diplômés.

Ils ont les moyens humains et technologiques d’amorcer les changements, ce qui leur permettra sans doute de rester en activité. La plupart des petits exploitants n'y parviennent pas faute de ressources suffisantes. C’est aussi pourquoi des fermes s’agrandissent et d’autres disparaissent.

Comment réagissent les agriculteurs face aux attentes environnementales d'une partie de la société ?

Ceux que je qualifierais de « progressistes » savent très bien qu’ils doivent mieux faire pour expliquer au public comment ils parviennent à produire de façon plus durable, mais c’est compliqué. Le public voudrait l’agriculture d’il y a 50 ans, mais nous n’avons pas assez de terres et d’agriculteurs dans le pays pour cela.