«Bonjour Madame… Où est le patron ? », une formule que l’on entend encore dans la campagne, comme en témoigne Isabelle Salomon, productrice de lait à Locunolé, dans le Finistère, fraîchement réélue à la chambre d’agriculture. « Il y a quelque temps, un jeune à la recherche d’un stage est passé sur l’exploitation pendant que je faisais la traite. Il voulait voir mon mari. Ça m’a fait mal aux oreilles ! », raconte l’agricultrice, installée en Gaec avec son conjoint, et qui a toujours eu à cœur d’avoir un statut sur l’exploitation.

Montrer autant les deux genres

Les stéréotypes ont la vie dure. Les chambres d’agriculture de Bretagne (Crab) ont donc décidé de s’engager à rendre plus visibles les femmes qui font l’agriculture, à travers leur communication et leurs actions. C’est une première en France. Avec le soutien du conseil régional, elles ont publié un guide pratique à destination de leurs services en interne. Intitulé « Bien dans ses bottes », il précise concrètement comment il est possible d’inclure les deux genres dans les écrits et les prises de paroles, par le choix des visuels ou la mise en avant de personnes expertes. Parmi les recommandations : user du féminin et du masculin dans les messages, utiliser l’écriture inclusive avec modération, accorder les noms des métiers, les titres et les fonctions, utiliser des visuels représentatifs des deux genres, ou encore équilibrer les profils dans les interventions.

Le guide s’appuie sur le travail mené depuis de nombreuses années par le groupe « Egalité-parité : agriculture au féminin », créé au sein de la chambre régionale d’agriculture en 2008. « Une affiche pour un salon agricole présentant la femme de façon très sexiste nous avait fait bondir, se souvient Isabelle Salomon. Nous souhaitons que les agricultrices et les agriculteurs, mais aussi les jeunes qui souhaitent entrer dans le métier, se sentent “également” considérés et concernés par nos actions. L’agriculture a besoin de ses hommes et de ses femmes. »

Isabelle Lejas