La France Agricole : Pensez-vous, comme l’a dit notre ministre de l’Écologie ce matin, que le modèle agricole est arrivé à bout de souffle ?

 

Emmanuel Macron : Non. Le modèle agricole est en transition. Mais on a une agriculture qui, sur énormément de produits, est compétitive, en conquête, et d’ailleurs attaquée par certains de nos concurrents. Le vin français, pourquoi on l’attaque ? Parce qu’il est excellent et qu’il s’exporte partout.

 

On a une filière porcine qu’on est en train de transformer, sur laquelle il y a un gros travail sur le bien-être animal, le ministre aura l’occasion de faire des annonces avec ses collègues allemands, mais qui est en train de reconquérir des parts de marché parce qu’on a su avoir une agriculture de très grande qualité, avec de la sécurité sanitaire et alimentaire, et qu’au moment où la fièvre porcine a attaqué beaucoup d’autres pays, on peut continuer, nous, à exporter et avoir un prix qui monte à des niveaux jamais atteints.

 

Après, on a des filières qui ont des difficultés. On connaît les difficultés qu’on a eues dans le lait, qu’on a aujourd’hui dans la viande, et je sais vraiment le mal qu’ont les éleveurs. Parce qu’on doit aussi réorganiser la filière. Et la faute n’est pas du côté des éleveurs. Mais on a trop longtemps importé de la viande pour manger, on a trop longtemps transformé de la viande pour uniquement en faire de la viande hachée… Donc voilà : on doit, filière par filière, retrouver de la valeur pour payer le producteur.

Je sais vraiment le mal qu’ont les éleveurs

Emmanuel Macron, président de la République

Et ensuite, il y a toute la transition écologique et environnementale, qu’on est en train de faire filière par filière, pour progressivement sortir de certains pesticides et réduire les pesticides, conformément aux engagements que j’avais pu prendre en campagne. On est en train de réinventer un nouveau modèle, mais la France a une exception agricole qui est forte et qu’il faut défendre. Celle d’une agriculture de terroir avec des exploitations qui sont à taille humaine et une production d’alimentation qui est de qualité. Si on arrêtait de produire ceci ou cela en France, eh bien on devrait importer des choses qui sont produites avec moins de garanties.

 

Il faut savoir ce qu’on doit changer pour qu’il y ait plus de valeur créée et qu’on paye mieux les producteurs, et pour faire encore mieux sur le plan de l’environnement et en particulier de la réduction des intrants. Mais on a une agriculture qui est forte, qui permet déjà de bien manger aujourd’hui, on a une tradition gastronomique, et il faut la défendre.

Donc il faut avoir de l’ambition, mais sans pessimisme.

 

La France Agricole : Comment se protéger de la concurrence des autres pays ?

 

Emmanuel Macron : Déjà en faisant bouger l’Europe dans le même sens. C’est ce que j’ai défendu dans mes discours européens et mon action : il faut un modèle agricole européen qui permette de défendre les spécificités du modèle français, mais qui se défende face à l’international. Et donc, quand on signe des accords commerciaux, ne pas signer des accords qui pénalisent nos exploitants agricoles parce que sinon on se fragilise nous-même.

Retrouver de la force sur certaines filières, c’est tout le plan protéines européen que j’ai lancé l’année dernière, qu’on avait abandonné depuis les années soixante. Et défendre un modèle agricole à la fois traditionnel et de transition, où il y aura plusieurs formules (de l’agriculture intensive au bio, aux circuits courts, etc.) qui permette de nourrir les Européens.

La clé c’est d’emmener tout le monde dans ce changement

Emmanuel Macron, président de la République

Et donc la clé c’est d’emmener tout le monde dans ce changement. Et puis derrière, ça veut dire harmoniser aussi les contrôles sanitaires européens. C’est pour ça que je défends l’idée d’une agence sanitaire. C’est-à-dire qu’il faut qu’on se donne les mêmes normes et que les contrôles soient les mêmes, et qu’on n’ait plus des agriculteurs qui disent : moi je respecte les règles parce que je suis en France et que les contrôles sont durs, mais mon voisin, quand il est belge ou espagnol ou italien, ne respecte pas les mêmes règles, donc il est avantagé.

C’est ça qu’on est en train de bouger et ça fait partie de notre stratégie agricole européenne.