«Oiseaux, lièvres, chevreuils, insectes… Quand je me suis installé sur l’exploitation familiale en février 2015, j’ai voulu retrouver de la vie en plaine et cela passait par plus de diversité au sein de mon exploitation. Avec les rendements du colza, la tête de rotation, qui plafonnaient, j’ai d’abord allongé la rotation. Il y a désormais 8 à 11 cultures sur la ferme, là où auparavant il n’y avait que blé, colza, orge et maïs. Selon les années, je cultive également du lin fibre, des pois de printemps et d’hiver, de la féverole, des lentilles, de l’escourgeon, de la betterave sucrière, de la phacélie et du fenugrec en contrat de semences. Mon colza est associé (féverole et trèfle).

J’ai souhaité travailler en groupe pour réfléchir à plusieurs et me suis rapproché de mes voisins, déjà engagés dans l’agriculture de conservation. Nous avons notamment investi ensemble dans un outil de semis direct. Ainsi, je passe progressivement du tout labour au labour uniquement sur la partie hiver. À 20 € le passage, je me donne les moyens d’investir pour semer des intercultures (3 à 7 espèces), semer dans les couverts, couvrir mon sol, capter du carbone… Cela contribue indirectement à créer une mosaïque de cultures en couvrant au maximum mon sol avec des espèces qui fleurissent et nourrissent les insectes.

J’ai réfléchi en parallèle à des aménagements pour remettre de la vie dans la plaine avec le groupement d’intérêt cynégétique et la fédération de chasseur de l’Aisne. Mes trois principaux îlots, d’environ 90 ha chacun, ont été redécoupés pour créer des parcelles de 15-20 ha avec des lisières, à l’aide de bandes de 4, 8 ou 10 m de large sur 800 m de long. Nous les avons alignées par rapport aux talus et aux passages de pulvé. Il y a ainsi aujourd’hui une vingtaine de bandes sur 8 ha, soit 2 % de ma sole. Au départ, j’ai implanté du maïs. Mais cela posait un problème quand je le récoltais en octobre car tout était remis à nu jusqu’en février, soit à la pire période. Je suis donc passé sur des bandes “biodiversité” composées de diverses espèces (phacélie, avoine, sarrasin, trèfle, tournesol, luzerne, millet…). Elles sont semées au printemps, et je n’y touche plus avant février-mars de l’année d’après. J’y ai installé aussi des “plots” de buissons (cornouiller, églantier, charme…) et miscanthus tous les 150 m sur 10 m de long et 2 m de large. L’idée est de couvrir au maximum le sol et de mettre côte à côte différents types de cultures (automne et printemps par exemple).

Je n’ai pas assez de recul pour constater une pression sur les bioagresseurs, mais je suis persuadé que diversifier perturbe le milieu et qu’on peut ainsi limiter leur impact. Toutefois, nous avons contacté, il y a deux ans, une entomologiste pour voir si mes aménagements et ceux de mes voisins (haies) permettaient de favoriser les auxiliaires. Il ressort qu’il y a énormément de vie avec des gradients différents entre les parcelles. On ne peut rien en conclure et on n’a aucune leçon à donner, d’autant qu’économiquement ce n’est pas toujours facile. Mais nous sommes persuadés que l’on fait bien de créer des corridors écologiques qui peuvent servir aux plaines. D’ailleurs, la spécialiste nous a indiqué qu’en termes de comptage d’insectes auxiliaires, nos résultats sont parmi les meilleurs des groupes qu’elle suit en France. »