Les modes de financement de l’installation évoluent. Le point sur quatre des solutions possibles autre que l’emprunt bancaire pour un jeune qui reprend une exploitation porcine.

Le crédit vendeur

Michel Mingam, CerFrance : « C’est un délai de paiement accordé au repreneur par le cédant. La transmission se fait ainsi progressivement. En quelque sorte, le cédant joue le rôle du banquier. Par exemple, sur une exploitation de 500 000 euros, il laisse au repreneur 10 % de crédit vendeur, soit 50 000 euros, qui lui seront remboursés de manière étalée dans le temps. C’est un bon recours, à condition que cela se fasse sur une partie du capital pas trop élevée, car il y a forcément une prise de risque pour le cédant. Il faut aussi que la sortie soit programmée dans le plan d’installation du jeune. Pour le cédant, l’intérêt est fiscal : gardant des parts dans l’outil, ça peut notamment lui permettre d’échapper à l’ISF ».

La Déduction pour la transmission et l’installation (DPTI)

Pierre-Marie Vouillot , JA : « Aujourd’hui, la pyramide des âges fait qu’il faut non seulement aider à installer, mais aussi inciter à transmettre. Or, on se rend compte que les montants de reprise sont de plus en plus importants, pour toutes les productions. JA a ainsi imaginé un outil pour lier la transmission et l’installation, appelée la déduction pour transmission et installation (la DPTI). Son principe : dans les cinq dernières années avant de transmettre son exploitation, le cédant place de l’argent sur un compte, de l’argent défiscalisé. Et, au moment où il transmet son exploitation à un jeune, il récupère un tiers de l’argent qu’il a placé, les deux autres tiers sont laissés à la disposition du jeune repreneur qui a 10 ans pour lui rembourser. Durant la vie d’un exploitant, il y a différentes phases, la première est celle de l’installation, la deuxième, de la modernisation, la troisième, bien souvent du surinvestissement pour échapper plus ou moins à l’impôt. Ce qui fait que le montant de la reprise pour le jeune augmente encore. D’où l’idée de la DPTI : pour permettre aux cédants de défiscaliser autrement qu’en surinvestissant ». La mesure, qui existe déjà aux Pays-Bas, n’a pour le moment pas été validée par le gouvernement, en raison de son coût.

L’ouverture du capital

Sébastien Windsor, Sofiprotéol : « La banque d’investissement du groupe Avril a déjà investi dans des outils de production porcins, via deux méthodes différentes. La première repose sur le fonds d’investisseur extérieur Labeliance invest. Il s’agit d’une prise de participation minoritaire dans le capital d’exploitation pour dix ans. À l’issue de cette période, le jeune installé rachète les parts. Ce fond dont nous sommes partie prenante, est avant tout destiné à des gens assujetti à l’ISF : si vous investissez dans un projet, vous déduisez 75 % de l’ISF. Côté repreneur, l’un des bémols est que l’exploitant doit assurer un suivi de trésorerie mensuel, c’est une lourdeur administrative de plus. La sortie est prévue au bout de 8 ans avec une valeur située entre 135 et 155 % de l’investissement initial. Nous avons financé une dizaine de projets par ce biais, et consommé seulement 3 millions sur les 20 millions d’euros dédiés au fonds. La raison : il n’y avait pas de candidat. L’autre initiative est portée par Sanders qui prend des parts en direct dans des maternités collectives. Mais ça n’a pas bien marché : nous ne sommes jamais « sortis » dans les conditions prévues au départ, il a fallu renégocier à chaque fois. Quand au bout de quinze ans, les parts ont en effet pris 200 à 300 %, l’agriculteur estime que c’est son travail qui a permis cela. Et comme il n’est pas rémunéré sur son travail mais sur son capital, forcément, il a du mal à payer ».

Philippe Le Vannier, Triskalia : « On a créé une holding qui s’appelle la SAS porc avenir. C’est l’argent de Triskalia et ses adhérents : plutôt que de faire un crédit vendeur, on va demander aux personnes qui ont un élevage à vendre, de 500 000 euros par exemple, de placer 100 000 euros sur le compte Triskalia. Cet argent servira au repreneur. In fine, on les remboursera coûte que coûte, peu importe ce qui arrive au repreneur. La SAS porc avenir prend 5 % du capital du jeune qui s’installe dans le cadre d’une SCEA ou SAS parce qu’on ne peut pas le faire dans le cadre d’une EARL, notre statut de coopérative nous l’interdit. Et pour le remboursement, on prévoit avec le jeune un EBE prévisionnel ».

Le cautionnement

Ou la garantie sur emprunt bancaire. Le jeune repreneur s’installe, contracte un emprunt auprès de la banque. Et c’est un tiers (BPI ou Siagi) qui vient se porter caution sur tout ou partie de son emprunt. Ce tiers s’engage à rembourser l’emprunt à la banque si l’exploitation fait faillite.