Que l’on soit bio ou conventionnel, le développement de la vente directe repose sur les mêmes exigences : être proche d’un bassin de consommation, aimer le contact client, disposer de temps pour la gestion de la clientèle… et produire des animaux finis toute l’année afin d’étaler les ventes. « Ce point est particulièrement contraignant en bio, où les systèmes sont plutôt calés sur la pousse de l’herbe pour minimiser le coût alimentaire, souligne Philippe Tresch. Il faut réorganiser le troupeau, étaler les vêlages et disposer d‘aliments de qualité toute l’année pour la finition des animaux. Ce qui a un impact sur l’organisation du travail, et un coût. »

Une étude sur une cinquantaine d’exploitations des réseaux d’élevage entre 2015 et 2017 le confirme. Pour les systèmes allaitants bio ayant plus de 25 % de vente directe, produire 100 kg de viande vive (vv) coûte 54 € en aliments (produits ou achetés), contre 34 € pour les bio en filière longue. Les achats d’aliment, notamment, représentent 29 €/100 kg vv (contre 16 €). « Pour produire davantage d’aliments, ces systèmes ont aussi plus de terres labourables », observe Philippe Tresch. D’où des frais de mécanisation plus élevés : 170 €/100 kg vv, contre 129 € dans le groupe étudié.

D’autres surcoûts sont liés à la vente directe mais ne sont pas spécifiques à la bio : frais de transformation et commercialisation (environ 100 €/100 kg vv), rémunération du travail supplémentaire (environ 70 €/100 kg). Au final, les élevages bio du groupe étudié dégagent le même résultat, avec ou sans vente directe : 1,4 Smic/UMO.

Alors, y a-t-il un intérêt à se lancer dans une activité si prenante ? Oui, selon Philippe Tresh, parce qu’elle occupe, donc rémunère davantage de main-d’œuvre pour produire 100 kg de viande. « Cela permet de maintenir l’activité sur l’exploitation tout en réduisant sa production, par exemple lors du passage en bio. »

Philippe Tresch, chef de projet réseau bovins viande rhône-alpes et paca à l’Institut de l’élevage