Quel avenir pour la filière volaille de chair ? Pour apporter des éléments de réponse, les chambres d’agriculture de Bretagne ont réalisé une étude prospective auprès des principaux opérateurs – industriels, groupements, accouveurs –, début 2018, en pleine liquidation judiciaire de Doux. Il en ressort que la filière présente des perspectives de développement. L’objectif partagé est la reconquête du marché intérieur, en s’orientant vers la production de poulet lourd, à l’instar de l’entreprise leader LDC. « En 2018, nous avons importé 646 000 tonnes de volailles, alors que la Bretagne n’en produit que 554 000 tonnes. La région a des atouts pour y prendre part », a expliqué Arnaud Haye, du service économique de la chambre d’agriculture de Bretagne, à l’occasion de la présentation de cette étude le 5 avril à Pontivy, dans le Morbihan.

Lumière naturelle et sols bétonnés

Les acteurs de la filière s’accordent également à dire que l’adaptation aux attentes sociétales est un enjeu fort. « La norme pour les constructions de nouveaux bâtiments est, par exemple, d’avoir de la lumière naturelle et une dalle bétonnée », détaille l’étude. Les démarches de type Nouvelle Agriculture, de Terrena, ou Nature d’éleveurs, lancée par LDC, vont en ce sens.

Les bâtiments d’élevage se trouvent au centre de ces enjeux. Or le parc est vieillissant. En Bretagne, les trois quarts des poulaillers ont plus de vingt ans. Le passage vers la production de poulet lourd, pour répondre aux attentes sociétales, nécessitera leur modernisation et adaptation, donc des investissements importants, estimés à plus de 512 millions d’euros (lire l’encadré ci-contre).

Tout l’enjeu est de trouver des producteurs qui acceptent d’investir. Les éleveurs restent prudents, notamment les ex-Doux qui, après deux dépôts de bilan, n’ont pas été enclins à franchir le pas. « Nous sommes en position d’attente et continuons à produire du poulet export, confirme Marc Cornec, président de l’association des éleveurs Yer Breizh (ex-Doux). Même si l’annonce de la construction d’un nouvel abattoir à Châteaulin donne de l’espoir, il faudrait des garanties pour nous donner l’envie d’investir. »

La Région va verser une aide de 50 000 euros pour inciter les aviculteurs à construire des poulaillers neufs, équipés de fenêtres et de sols bétonnés. « Les éleveurs ont surtout besoin d’une rémunération et d’un engagement contractuel, cinq ans serait un minimum », reconnaît Olivier Allain, vice-président du conseil régional.

L’énergie est également un poste de dépenses à considérer. « La production de poulet lourd et la lutte contre les pododermatites, grâce à de la litière sèche, nécessitent d’énormes besoins en chaleur, explique Jean-Michel Choquet, président du Comité régional avicole (Cravi). Sur notre exploitation, nous avons doublé la consommation par rapport au poulet standard. Pour l’instant, nous avons échappé à la taxe carbone et à l’augmentation du gaz. Mais sur ce sujet, nous aurons besoin d’être aidés. »

Isabelle Lejas

L’expert
« 70 % du parc breton a été construit avant 1997 »

« En Bretagne, 70 % du parc de bâtiments existant a été construit avant 1997, il est donc susceptible de contenir de l’amiante. Nous avons fait une simulation des investissements à réaliser pour le renouveler et le moderniser. La proportion de bâtiments à remplacer par du neuf a été estimée à 35 % (5 % par an pendant sept ans). Cela représente 1,2 million de mètres carrés, pour un coût de 350 €/m². Le reste du parc, quelque 2,2 millions de mètres carrés, est à rénover. Au total, cela nécessite un investissement de plus de 512 millions d’euros, soit 73 millions par an pendant sept ans. À cela s’ajoutent le désamiantage des poulaillers arrêtés (120 M€) et le désamiantage partiel lié aux rénovations (38 M€). »

Christian Nicolas, conseiller avicole, chambre d’agriculture de Bretagne