«Depuis l’ère de la génomique, les taureaux actifs sont en moyenne quatre fois plus nombreux, et chacun d’eux totalise quatre fois moins d’inséminations artificielles (IA) en races prim’holstein et montbéliarde, explique Pascale Le Mézec, chef de projet à l’Institut de l’élevage (Idele). La différence est encore plus marquée en race normande, où six fois plus de taureaux réalisent six fois moins d’IA. »

Et pour cause : la connaissance de la valeur génétique des mâles dès leur plus jeune âge permet de les rendre opérationnels en moins de deux ans. Les origines paternelles des taureaux proposés aux éleveurs se diversifient. « Pour les trois races laitières principales en France – prim’holstein, normande et montbéliarde –, le nombre moyen de fils par père est désormais réduit à moins de cinq, poursuit-elle. Avant la génomique, ce nombre variait de huit à vingt, selon les races. »

En remontant d’une génération, c’est-à-dire au niveau des grands-pères paternels et maternels des taureaux d’insémination, le nombre de mâles reproducteurs se réduit, notamment en prim’holstein. « Plus du quart des 2 300 taureaux nés de 2010 à 2014 mis sur le marché descendent seulement de cinq grands-pères maternels », affirme Pascale Le Mézec.

Taureaux majeurs

Tous les taureaux en catalogue ne sont pas utilisés de manière égale par les éleveurs. « Il en existe qui réaliseront des dizaines de milliers d’IA, et d’autres quelques centaines. Certains auront des fils qui seront eux-mêmes très utilisés. » Selon l’Idele, les taureaux sont aujourd’hui deux à cinq fois plus nombreux à expliquer 60 % des IA, selon les races. « Néanmoins, ce sont souvent les mêmes taureaux majeurs qui sont présents comme père ou grand-père, plusieurs années durant », précise la chef de projet.

Pour les IA réalisées en 2017, l’Idele a établi un classement des taureaux selon leur niveau de contribution génétique. En prim’holstein, le premier est Mogul, né en 2010, essentiellement en tant que grand-père paternel du taureau d’IA. En montbéliarde, il s’agit d’Urbaniste, né en 2003, surtout en tant qu’arrière-grand-père maternel. En normande, c’est Uperise, né aussi en 2003, qui caracole en tête. Il a contribué en majorité en tant que grand-père paternel. « Sur les vingt premiers taureaux contributeurs, les races montbéliarde et normande comptent respectivement sept et huit jeunes taureaux, contre quatre en prim’holstein », souligne Pascale le Mézec.

Vincent Guyot
L’experte
« Varier les ressources génétiques » Pascale le Mézec, responsable de projet à l’Institut de l’élevage

«Le premier danger d’une trop faible variabilité génétique est l’apparition d’anomalies ou de tares, nécessitant la mise en place de règles très strictes d’accouplement et de sélection pour parvenir à leur éradication. Le progrès génétique est le fruit de l’expression de plusieurs gènes. Plus on sollicite la même ressource génétique, plus les possibilités d’améliorer les performances sur de nombreux caractères se réduisent. En race pure, il est donc essentiel de prendre en compte la consanguinité dans les étapes de création, de sélection et de diffusion génétique, afin de limiter sa progression naturelle. Seul le croisement permet de réduire le niveau de consanguinité dans une population. »